A Gustave Geffroy.
Médan, 22 juillet 1885.
Vous êtes très aimable, mon cher confrère, et j'ai à vous remercier de la belle étude que vous ayez bien voulu me consacrer. Ce sont par des critiques amies et pénétrantes comme la vôtre, que la vérité se fera enfin sur moi; car on a beau noircir à mon sujet des rames de papier, je suis encore dans la légende pour le plus grand nombre.
Vous avez raison, je crois qu'il faut avant tout chercher dans mes œuvres une philosophie particulière de l'existence. Mon rôle a été de remettre l'homme à sa place dans la création, comme un produit de la terre, soumis encore à toutes les influences du milieu; et, dans l'homme lui-même, j'ai remis à sa place le cerveau parmi les organes, car je ne crois pas que la pensée soit autre chose qu'une fonction de la matière. La fameuse psychologie n'est qu'une abstraction, et en tous cas elle ne serait qu'un coin restreint de la psychologie.
Merci mille fois d'avoir indiqué cela dans mon œuvre. J'ai été très touché des bonnes choses cordiales que j'ai senties entre les lignes de vos deux articles. Et je vous prie de me croire votre bien dévoué et bien reconnaissant.
A Coste.
Médan, 25 juillet 1885.
Mon cher Coste, je m'étonnais un peu de votre long silence, et je vous aurais écrit, si moi-même je n'étais toujours très bousculé. J'avais appris la mort de votre sœur, mais trop tard, de sorte que j'ai eu la crainte de raviver votre douleur, en vous envoyant mes condoléances. J'ignorais les détails douloureux de sa fin. Mon pauvre ami, nous sommes tous sous la continuelle menace des catastrophes et du deuil.