Merci, mon bon ami. Je reçois ce matin votre paquet de journaux, et vous êtes bien gentil de vous être donné toute cette peine.

Les résultats de la campagne n'ont pas été douteux pour moi une seconde. J'irai jusqu'au bout, et lorsque la Chambre aura voté le maintien de la Censure, vous verrez de quelle façon je me séparerai de la littérature française. C'est une honte, cette lâcheté. Et ce qui m'indigne surtout, c'est la solitude où je me sens. A part le brave Geffroy, mon vieil Alexis, deux ou trois autres enfants perdus, pas un mot de soutien, pas une solidarité de talent et de courage. Ah! les lâches, tous! même nos amis!

Et vous qui parlez de demander la suppression du Ministère des Beaux-Arts! Mais, mon bon ami, tous nos confrères se mettraient à plat ventre pour lécher les bottes des chefs de bureau!

Moi, toute cette ignominie me donne l'envie de faire des chefs-d'œuvre. Je me porte très bien et je travaille comme un ange.—Merci, merci encore et venez donc nous surprendre, un jour que la boue de Paris vous montera à la gorge.

Affectueusement à vous.


Au même.

Médan, 16 novembre 1885.

Mon bon Céard, permettez-vous à ma vieille amitié et à mon titre d'aîné, de vous dire que c'est vous qui êtes le grand enfant dans toute cette affaire? Si vous avez compté que quelque chose d'utile aux lettres ou à moi peut sortir d'une décision de la Chambre, c'est que vous avez encore des illusions. Je garde votre lettre et nous en causerons un jour ensemble: vous en rirez.

Maintenant, laissez-moi dire que je ne suis pas engagé du tout, que M. Laguerre m'a été amené et que je n'ai pu le consigner à ma porte, que je lui ai dit mon engagement avec Clemenceau, qu'il a été entendu que Clemenceau seul déciderait, que l'affaire est entre les mains de ce dernier. En effet, il a été question d'une interpellation, qui ne serait sans doute que du bruit inutile; mais soyez persuadé qu'un projet de loi sera un enterrement de troisième classe. Cela m'est égal du reste, interpellation, projet de loi, ce qu'on voudra. Il me faut simplement quelque chose, puisque j'ai annoncé qu'il y aurait quelque chose.