Mon cher Guillemet,
Nous sommes bien chagrins d'apprendre que les choses ne vont pas mieux chez vous. Nous pensions votre femme remise, et voilà, nous dites-vous, que les ennuis continuent. Décidément, nous sommes tous patraques, car nous autres aussi, nous n'allons que cahin-caha, sans rien de grave pourtant. Il faut se dire que nous n'avons plus vingt ans, que la cinquantaine arrive, du moins pour nous, et qu'on doit payer sa dette à l'âge.
Eh! non, je ne suis guère avancé, avec mon bouquin; La Terre, elle aussi, ne va que lentement. J'ai toutes les peines du monde avec ce sacré livre. Aussi ne rentrerons-nous à Paris que vers la fin janvier, car je veux donner un coup de collier d'ici là. Et une de mes premières visites sera pour vous, car je veux voir les belles choses que vous rapportez.
Courage, tout s'arrangera, mon ami. Votre femme se portera mieux et nous redeviendrons jeunes. En tous cas, nous lui souhaitons une bonne santé, et nous vous envoyons nos vieilles amitiés à vous et au petit Jean.
A Henry Céard.
Paris, 19 décembre 1886.
Mon cher ami,
Je vous ai cherché partout dans la salle, hier soir. Et voilà que je pars sans vous avoir revu. A bientôt, n'est-ce pas? puisque vous venez pour Noël. Les Charpentier prendront le train de 2 heures, samedi, et j'irai les prendre à Villennes. Voyez donc si vous pouvez faire la route avec eux.
N'oubliez pas ma rue, la rue qui doit avoir disparu dans la trouée faite pour les Halles, et d'un nom possible.—Autre chose: vous seriez bien gentil de voir si vous n'avez pas, à votre bibliothèque, le Catéchisme poissard, une brochure, je crois, qu'on vendait sous Louis-Philippe pour les engueulements du carnaval. Vous m'en copieriez les répliques les plus salées, que vous m'enverriez.