A J.-K. Huysmans.
Médan, 21 août 1887.
Merci de votre bonne lettre, mon cher Huysmans. J'avais bien reconnu le R... dans l'entortillage pédant des phrases, et Bonnetain ne pouvait être que le lanceur. Tout cela est comique et sale. Vous savez ma philosophie au sujet des injures. Plus je vais, et plus j'ai soif d'impopularité et de solitude. En somme, j'ai fini La Terre jeudi, et je suis enchanté d'avoir encore lancé ce bouquin-là dans la mare aux grenouilles. Il tombera comme il tombera, bon ou mauvais, ça ne me regarde plus. A un autre!
Nous partons à la fin du mois pour Royan ou nous passerons un gros mois. Mais comme vous êtes gentil de me promettre votre visite pour octobre! Tâchez de renvoyer votre congé vers le 15. Nous serons sûrement de retour. D'ailleurs, je vous écrirai.
Ma femme vous envoie ses amitiés, et bien affectueusement à vous de notre part à tous deux.
A Octave Mirbeau.
Royan, 23 septembre 1887.
Mon cher confrère,
Je lis votre article sur La Terre et je veux que tous sachiez bien que je ne vous en garde pas rancune. Vous dirai-je même que je m'attendais un peu à votre opinion défavorable, car il y a en vous un coin de mysticisme qui ne devait guère s'accorder avec ma vision personnelle du paysan: j'ai tâché de le voir à l'heure présente, et vous demandez qu'on le voie comme l'ont vu les gothiques. Mais vous dites très franchement et très courtoisement ce que vous pensez. Cela est bien, je vous en remercie.