Me permettez-vous pourtant de m'entêter dans mon œuvre. Je maintiens absolument la moyenne de ma vérité. Chacun me jettera «son» paysan à la tête. Pourquoi, seul, le mien serait-il faux? Je suis allé aux sources, croyez-le, autant que vous tous.
Rappelez-vous l'accueil fait à L'Assommoir, puis le revirement. J'espère que l'aventure va se reproduire pour La Terre. Les conditions sont identiques, je m'amuserai peut-être à les analyser un jour.
Croyez-moi quand même votre bien dévoué et bien reconnaissant.
A J. van Santen Kolff.
Médan, 30 octobre 1887.
Je rentre seulement à Médan, après une absence de deux mois, et je me hâte de vous répondre. J'ai passé six semaines charmantes à Royan, mais beaucoup d'ennuis, en dehors de la littérature, m'attendaient à Paris, ce qui m'a gâté un peu mes vacances. Enfin, il faut vivre.
Si La Terre n'a pas paru et ne paraîtra que le 15 novembre, c'est tout simplement que le volume n'est pas prêt. J'ai été pris de grandes paresses, j'ai traîné pour les corrections littéraires que j'ai l'habitude de faire sur les feuilletons, et c'est ainsi que les épreuves sont restées sur ma table de travail.
Je n'étais pas fâché d'autre part de laisser un peu le calme se faire, avant de lancer le volume. Jamais je n'ai eu l'idée d'écrire une préface. Mon livre se défendra tout seul et vaincra, s'il doit vaincre. J'en suis content, je crois qu'un retour d'opinion se produira en sa faveur.
Non, en dehors des conversations que j'ai eues avec Xau et Valette, je n'ai rien communiqué aux journaux. Mais c'est effroyable le nombre d'articles qui a paru. Ah! qu'ils sont bêtes! Je suis bronzé, jamais je n'ai été aussi calme ni aussi gai que pendant cette bagarre imbécile.