A Alphonse Daudet.

Paris, 19 novembre 1887.

Mais jamais, mon cher Daudet, jamais je n'ai cru que vous aviez eu connaissance de l'extraordinaire manifeste des cinq! Mon premier cri a été que ni vous ni Goncourt ne saviez rien de la grande affaire, et que l'article avait dû tomber sur vos têtes comme un pavé. C'est ce que j'ai dit aux reporters, sans arrière-pensée, avec la conviction la plus formelle. Je suis confondu que vous ayez vu là une accusation détournée de ma part. Le stupéfiant, c'est que de victime vous m'avez fait coupable, et qu'au lieu de m'envoyer une poignée de main, vous avez failli rompre avec moi. Avouez que cela dépassait un peu la mesure.

Je ne vous en ai jamais voulu, moi. Je sais parfaitement comment le manifeste a été écrit, et il faut en sourire. Votre lettre, mon cher Daudet, ne m'en cause pas moins une vive joie, puisqu'elle met fin à un malentendu dont nos ennemis étaient déjà enchantés.

Nos bien grandes amitiés à Mme Daudet et à vous.


A Henry Bauer.

Paris, 25 novembre 1887.

Merci mille fois, mon cher Bauer, des lignes sympathiques que vous consacrez à La Terre. Vous avez raison, nous ne devrions pas publier nos romans en feuilletons. Ainsi, pour celui-ci, il est certain qu'on ne l'a pas jugé sur son ensemble, et qu'on ne reviendra pas de sitôt sur les injures dont on l'a accablé: je parle de la critique. En somme, il aura la fortune qu'il doit avoir. Une fois l'œuvre faite, je ne m'en préoccupe plus.