Je ne crois rien de ce qu'on me rapporte, mon cher ami, et si, de votre côté, vous n'écoutez point ceux qui pensent avoir intérêt à nous désunir, notre vieille amitié n'est point morte encore. Cette question bête de l'Académie ne doit même pas exister entre nous, car je suis bien certain que vous comprendriez mon attitude, le jour où il me conviendrait de m'y présenter, de même que je vous aurais approuvé, si vous aviez cru devoir à votre situation de désirer un fauteuil. Ce sont là de simples arrangements personnels, et il faut des rencontres de circonstances et des commentaires méchants, pour leur donner des significations de rivalité préméditée, qu'ils n'ont pas.
Croyez-moi toujours votre très affectueux.
Au Dr Maurice de Fleury.
Paris, 9 décembre 1888.
Monsieur et cher confrère,
Je n'ai aucune opinion nette sur la question que vous me posez. Personnellement, j'ai cessé de fumer, il y a dix ou douze ans, sur le conseil d'un médecin, à une époque où je me croyais atteint d'une maladie de cœur. Mais croire que le tabac a une influence sur la littérature française, cela est si gros, qu'il faudrait vraiment des preuves scientifiques pour tenter de le prouver. J'ai vu de grands écrivains fumer beaucoup et leur intelligence ne s'en porter pas plus mal. Si le génie est une névrose, pourquoi vouloir la guérir? La perfection est une chose si ennuyeuse, que je regrette souvent de m'être corrigé du tabac. Et je ne sais rien autre chose, je n'oserais rien dire de plus sur la question.
Bien à vous.