Paris, 18 décembre 1888.

Mon cher Daudet, je ne vous ai pas encore remercié de l'aimable envoi de vos Souvenirs d'un homme de lettres, et je veux pourtant le faire avant de vous revoir. Je connaissais presque toutes ces pages, mais je les ai relues avec infiniment de plaisir. Certaines ont une pénétration, une intensité de vie que nul de nous n'a dépassées.

A demain, pour fêter le succès de notre grand aîné Goncourt.

Cordialement aux vôtres et à vous.


A J. van Santen Kolff.

Paris, 6 mars 1889.

Mon cher confrère,

Ne vous ai-je pas déjà dit de ne pas vous inquiéter, lorsque je ne vous répondrai point? Je suis l'homme le plus paresseux du monde, lorsque je n'en suis pas le plus travailleur. Il est bien vrai que je traverse une crise, la crise de la cinquantaine sans doute; mais je tâcherai qu'elle tourne au profit et à l'honneur de la littérature.—Pardonnez-moi donc mon long silence. Il est des semaines, des mois, où il y a tempête dans mon être, tempête de désirs et de regrets. Le mieux alors serait de dormir!... Le Rêve a été en général bien accueilli partout, quoique peu compris. Tout cela est loin, d'ailleurs. Il faut se remettre au travail...

Je sais qu'on a affirmé que, quand j'ai publié Le Rêve, c'était pour apitoyer l'Académie sur mon sort, qu'en le faisant c'était une façon de lui dire: «Voyez, je suis devenu gentil, bien raisonnable, acceptez-moi en raison du livre ad hoc que je viens de faire!» C'eût été misérable pour tout le monde, et, vous le savez, indigne de moi.