Ici, rien de nouveau. Je suis rentré et je me suis mis rageusement au travail. Ah! l'âge ne me calme guère. J'espérais, en vieillissant, m'assagir un peu. Mais, décidément, je ne puis agir que dans des coups de passion. Est-ce singulier! car, au fond, je me juge très froidement, et je méprise même mon emballement.

A bientôt, n'est-ce pas? et affectueusement à vous.


Au même.

Médan, 5 juin 1889.

Merci, mon cher Céard, des renseignements que vous m'envoyez. Comme vous, je ne crois pas que Sarah joue Thérèse Raquin, et je ne le désire pas, pour les raisons que vous analysez si bien. Seulement, j'ai eu peur cette fois, car il me serait difficile de me mettre en travers,—ce que je ferais pourtant,—si la chose devenait sérieuse. Vous savez qu'au théâtre, c'est l'impossible qui arrive. Veuillez donc veiller encore et m'écrire, si vous appreniez quelque chose, de façon à ce que j'aie le temps d'agir.

Je travaille assez bien, je lis beaucoup, et j'ai toutes les peines du monde à avoir l'âme calme. Mon pauvre petit Fanfan est mort dimanche, à la suite d'une crise affreuse. Depuis six mois, je le faisais manger et boire, je le soignais comme un enfant. Ce n'était qu'un chien, et sa mort m'a bouleversé. J'en suis resté tout frissonnant.

Vives amitiés de nous deux.


Au Dr Gouverné.