Seulement, en retrouvant et en relisant votre lettre tout à l'heure, j'ai été pris de la peur que vous ne tombiez ici, à l'occasion de l'Exposition, avant d'avoir reçu une réponse de moi.—Vous savez que nous comptons sur vous. Et même je vais vous charger d'une commission, pour être sûr que vous viendrez: ce sera de nous apporter cent grammes de bon safran dans une boîte de fer-blanc. Si vous ne veniez pas, vous nous enverriez ça par la poste. Mais vous viendrez, n'est-ce pas?
Ici, rien de nouveau. Toujours du travail, je me suis mis à mon nouveau roman, La Bête humaine, qui a pour cadre la ligne de Paris au Havre. Cela va son petit bonhomme de chemin, mon train ordinaire. Et rien autre, les arbres poussent, nos santés sont assez bonnes. On vieillit, et voilà!
Vous vous plaignez beaucoup, vous, mon ami, et je crois bien que vous avez tort, un peu tout au moins. Vous êtes bien tranquille, là-bas. Ce qui vous manque, c'est de venir passer trois mois d'hiver à Paris. Pourquoi n'organisez-vous pas cela? Vous enverriez d'ici des correspondances au Sémaphore. Enfin, vous connaissez vos affaires mieux que moi. Mais il me semble que vous avez rompu trop brusquement avec Paris.
Je vais, pour finir, vous charger encore d'une commission. Voyez donc s'il n'existe pas, à Aix, une chaise à porteurs, Louis XV ou Louis XIV, qu'on consentirait à vendre. Mais il me la faudrait très belle, en vernis Martin, dorée, ou avec des peintures. Enfin, une jolie pièce, et en état acceptable.
A bientôt, n'est-ce pas? mon vieil ami, et toutes les cordialités affectueuses de ma femme et de moi.
Quant à l'huile, nous en aurons assez cette année. Ce sera pour la prochaine récolte.
Au même.
Médan, 4 août 1889.
Eh bien! mon cher Coste, que sont devenues les tapisseries découvertes dans un grenier de Notre-Dame? On m'en offre d'un autre côté, et je voudrais savoir ce que devient l'affaire dont vous m'avez parlé. Un simple mot de réponse.