Je vous écris en hâte, entre deux séances de travail. Je pousse mon roman le plus possible, car je voudrais bien en être débarrassé en décembre; et nous allons avoir un déménagement à Paris, ce que je crois vous avoir dit: nous quittons la rue Ballu pour aller à côté, rue de Bruxelles. Tout cela fait que je donne un coup de collier, pendant que je suis encore tranquille ici.
Alexis, que j'ai en ce moment même près de moi, vous envoie une vigoureuse poignée de main et j'y joins la mienne, ainsi que les bonnes amitiés de ma femme.
A bientôt, n'est-ce pas?
Affectueusement à vous.
A Georges Charpentier.
Médan, 27 août 1889.
Merci, mon vieil ami, de votre bonne lettre. J'ai lu, dans le journal de Billaud, le beau succès que vous avez fait à L'Assommoir, chez Piétro Bono. Et j'avoue que je n'ai pas trop regretté d'être absent, car je n'aime les ovations qu'à distance.—Pourtant, nous regrettons fort de n'être pas avec vous, malgré le mauvais temps. Mais toutes sortes de devoirs nous clouent ici.
J'ai travaillé à mon roman[61] avec rage. J'aurai certainement fini le 1er décembre. Je crois que La Vie populaire en commencera la publication vers le 20 octobre, et nous tâcherons de paraître à la fin de janvier. Dès le 15 septembre, je compte porter à Fasquelle les sept premiers chapitres, pour qu'on les compose tout de suite. N'est-ce pas? donnez-lui des instructions en conséquence.—Je compte aussi lui remettre enfin Le Vœu d'une morte que je suis en train de relire. Ah! mon ami, quelle pauvre chose! Les jeunes gens de dix-huit ans, aujourd'hui, troussent des œuvres d'un métier dix fois supérieur à celui des livres que nous faisions, nous, à vingt-cinq ans. Enfin, ce sera un bouquin curieux à comparer avec ceux qui l'ont suivi. Il faudrait qu'on se hâtât et qu'il fût prêt à paraître en un mois, vers le milieu d'octobre.
Je suis pris du désir furieux de terminer au plus tôt ma série des Rougon-Macquart. Je voudrais en être débarrassé en janvier 1892. Cela est possible, mais il faut que je bûche ferme.