Je traverse une période très saine de travail, je me porte admirablement bien, et je me retrouve comme à vingt ans, lorsque je voulais manger les montagnes.

C'est le 10 septembre que nous allons rentrer à Paris, pour nous installer tout doucement dans notre nouvel appartement.

Il nous faut bien six semaines et nous voudrions y être avant le froid. Il y a beaucoup à faire, mais nous en prendrons à notre aise, quittes à ne tout meubler que plus tard.—Vous nous trouverez donc sûrement réinstallés à Paris.—En décembre, nous reviendrons à Médan tuer le cochon, et si le cœur vous en dit, vous serez des nôtres.

Il fait ici un temps atroce, comme partout, je crois. Moi, personnellement, je n'en souffre pas, me cloîtrant du matin au soir. Je n'ai d'ailleurs guère vu, cet été, qu'Alexis, Thyébaut et Céard. Ce dernier, pour le moment, voyage en Savoie. Notre cousine Amélie, qui a passé trois semaines avec nous, est partie d'hier.

Voilà, mon bon ami. Je vous souhaite, à vous, du soleil, puisque vous êtes là-bas pour en avoir. Dites à votre femme que nous sommes heureux de la savoir en bonne santé, et que nous comptons bien la revoir tout à fait remise. De bonnes caresses aux enfants, vives amitiés à Georgette et à son mari, grandes poignées de main aux Desmoulin et aux Billaud, de notre part à tous deux. J'espère que je n'oublie personne.

Ah! mon ami, si je n'avais que trente ans, vous verriez ce que je ferais. J'étonnerais le monde.

Affectueusement à vous.


A J.-K. Huysmans.

Médan, 5 janvier 1890.