Imaginez-vous, mon cher Huysmans, qu'il m'a fallu attendre d'être à Médan, où je suis venu prendre quelque repos, pour trouver le temps de vous écrire et de vous remercier de votre dernier livre: Certains.
Il y a là des pages très braves et très intenses, qui m'ont ravi. Tout le morceau sur le satanisme est superbe. Vous avez une vie de style extraordinaire, et vous lire est pour moi un plaisir physique en dehors même des idées. Il y a dans votre outrance un comique spécial, que personne n'a, qui est une de vos originalités supérieures, selon moi. Enfin, mon cher ami, votre dernière œuvre a été mon grand régal du mois passé.
Savez-vous que nous avons déménagé? Si vous venez frapper un de ces soirs à notre porte—ce qui nous ferait grand plaisir,—il faudra venir rue de Bruxelles, 21 bis, Nous y rentrerons ces jours-ci.
Bien affectueusement à vous, mon cher Huysmans, et bonne littérature, pour l'année qui commence.
A Jules Lemaître[62].
Paris, 9 mars 1890.
Je suis très flatté, mon cher confrère, et un peu confus, de l'étude que vous avez publiée sur La Bête humaine, car il s'y trouve de bien gros éloges, même pour un homme que la légende dit orgueilleux.
Mais ce qui m'a ravi surtout, c'est que vous avez expliqué mon œuvre.
J'avais une peur terrible qu'elle ne fût prise pour une fantaisie sadique. Et je n'ai plus peur, vous avez donné la note juste, tous vont vous suivre.