Certes, oui, je commence à être las de ma série, ceci entre nous. Mais il faut bien que je la finisse, sans trop changer mes procédés.

Ensuite, je verrai, si je ne suis pas trop vieux, et si je ne crains pas trop qu'on m'accuse de retourner ma veste.

Merci bien sincèrement, et veuillez me croire, mon cher confrère, votre dévoué et cordial.


A J. van Santen Kolff.

(FRAGMENT)

Le 9 juillet 1890.

... Ce sera certainement le plus compliqué, le plus bourré de tous mes livres[63]. Pour vous en résumer les matières, il me faudrait entrer dans des détails infinis. Non seulement j'ai voulu étudier le rôle actuel de l'argent, mais j'ai désiré indiquer ce qu'a été jadis la fortune, ce qu'elle sera peut-être demain. De là toute une petite partie historique et toute une petite partie socialiste. Toutes les fois maintenant que j'entreprends une étude, je me heurte au socialisme. En somme, au centre, se trouve l'histoire d'une grande maison de crédit, le brusque lançage d'une banque, toute une royauté de l'or, suivie d'un écroulement dans la boue et dans le sang. J'ai repris mon Aristide Saccard de La Curée. Ce dont je suis assez satisfait, c'est de la création du type de femme qui dominera l'action; car il m'a été très difficile d'introduire une femme là-dedans. Je vous répète qu'il m'est presque impossible d'être plus explicite, tellement tout cela se tient et se mêle. C'est construit dans le genre de Pot-Bouille: beaucoup d'épisodes; beaucoup de personnages; mais moins d'ironie, plus de passion, et un ensemble plus solide, je crois. Je n'attaque ni ne défends l'argent, je le montre comme une force nécessaire jusqu'à ce jour, comme un facteur de la civilisation et du progrès...


A Henry Céard.