Quelqu'un a déjà offert à la Société des gens de lettres de «donner» la statue de Balzac. Mais ne vous semble-t-il pas que cela ne serait guère glorieux, ni pour Balzac, ni pour nous tous, qu'un simple particulier «donnât» la statue à lui tout seul, ce qui nécessiterait naturellement une inscription constatant le fait. D'ailleurs, une souscription est ouverte, nous avons vingt-six mille francs, et la seule chose acceptable serait une souscription, dont le chiffre serait aussi élevé que le voudrait bien le souscripteur, dix mille, vingt mille francs. J'ajoute que nous ne pouvons encore savoir ce qu'il nous faudra, et que peut-être les vingt-six mille francs nous suffiront-ils.
Ne découragez pas le bienfaiteur dont vous me parlez. Et écrivez-moi. Nous verrons ce qu'il y aura à faire.
A Frantz Jourdain.
Médan, 1er juillet 1891.
Mon cher Jourdain, l'affaire dont je vous ai parlé presse, et peut-être pourrons-nous arrêter le choix d'un nouveau sculpteur, dans notre séance de lundi. Voyez donc Rodin le plus tôt possible, persuadez-le que la statue doit avoir au moins quatre mètres, sans compter le piédestal, et voyez si le tout peut être exécuté et mis en place pour la somme de trente mille francs. Dans ce cas, il faudrait que Rodin m'écrivît tout de suite, en me demandant d'exécuter la statue (y compris le piédestal dont vous vous chargeriez) pour cette somme de trente mille francs. Il devra s'engager dans sa lettre à livrer le monument le 1er mai 1893. Enfin qu'il indique aussi la hauteur de l'ensemble.
Toudouze, qui s'est occupé de l'affaire avec Mercié, ira sans doute vous voir de ma part, pour vous donner tous les détails nécessaires; et vous pouvez lui confier la lettre de Rodin, qu'il me remettra lundi avant la séance.
Cordialement à vous.