Médan, 11 octobre 1891.
Monsieur et cher confrère,
Je suis un autoritaire en littérature et je crois que toute collaboration est incapable d'un chef-d'œuvre. Au théâtre pourtant, je l'admettrais plus volontiers. Il est certain que deux tempéraments peuvent s'y compléter, la besogne s'y diviser heureusement, l'œuvre y bénéficier du travail en commun. Des talents s'accouplent; le génie reste solitaire.
Cordialement à vous.
A J. van Santen Kolff.
Paris, 26 janvier 1892.
Merci, mon cher confrère, de la promptitude avec laquelle vous m'avez envoyé le renseignement demandé, au sujet des uniformes du simple soldat et du capitaine dans la garde prussienne en 70. Les petites images et les notes explicatives me suffisent parfaitement.
Et, maintenant, je réponds enfin aux questions que vous me posiez dans les premiers jours de novembre. Veuillez excuser mon long silence. L'Attaque du Moulin esl une nouvelle de pure imagination qui a passé d'abord en russe, dans Le Messager de l'Europe, une revue de Saint-Pétersbourg, à l'époque où j'envoyais à cette revue un article mensuel. J'ai seulement pris des faits généraux qui étaient dans l'air. Mais tout, le milieu, la localité, les personnages, la fable, a été créé par moi, et cela sans songer le moins du monde à mon roman futur sur la guerre de 70. Il me fallait un sujet: j'ai simplement choisi celui-là, parce que les sujets sur la guerre étaient en faveur alors.
Vous me demandez si cela ne m'a pas ennuyé de dépasser 70, en poussant, dans La Débâcle, le récit jusqu'à la Commune. Mais mon plan a toujours été d'aller jusqu'à la Commune, car je considère la Commune comme une conséquence immédiate de la chute de l'empire et de la guerre. Je n'ai, du reste, qu'un mot à dire de la Commune. J'ajoute que le dernier roman de la série: Le Docteur Pascal, conclusion scientifique de tout l'ouvrage, se passera en 72, sinon plus tard.