Ne vous ai-je pas déjà dit que ce que j'admire surtout en vous, ce sont «les raccourcis» parce que, sans doute, je ne les ai guère dans mon sac. Vous avez fait tenir là, en quelques pages, beaucoup de choses très humaines et très graves. Et c'est d'une forme exquise, la jolie forme de vos meilleurs contes. Avec cela, une tristesse affreuse, une cruauté effroyable. Cela est vraiment très beau.

A bientôt, mon cher Daudet, et nos meilleures amitiés à Mme Daudet et à tous les vôtres.


A Paul Margueritte.

Paris, 12 mars 1892.

Je suis extrêmement touché, cher monsieur Margueritte, de votre lettre si bonne et si noble[66]. Croyez bien que je ne l'ai pas attendue pour savoir et pour faire la part de chacun. Puis, ce sont là des histoires bien vieilles, et je n'ai aucune rancune.

Vous ne me devez d'ailleurs aucun remerciement. La mort glorieuse de votre père le met debout dans l'histoire, et ce n'est pas le récit simplement véridique d'un romancier qui peut le grandir; je n'en suis pas moins très heureux de la circonstance qui nous rapproche, car elle me permettra de serrer la main à un écrivain que je mets très haut, parmi nos jeunes romanciers.

Veuillez me croire votre bien cordial et bien dévoué.


A Alfred Bruneau.