Médan, 6 juin 1892.
Mon cher Bruneau,
Je vous envoie enfin les quelques vers que je vous ai fait tant attendre[67]. Pour les strophes sur le couteau, j'ai cru devoir briser le rythme et affecter un peu de prosaïsme, de façon à éviter la romance. Il m'a semblé que de la netteté et de la vigueur suffisaient. Au contraire, pour les adieux à la forêt, j'ai élargi le ton jusqu'au lyrisme. C'était ce que vous désiriez, n'est-ce pas? Dites-le-moi franchement, si vous désiriez autre chose. Je n'ai que l'envie de vous contenter, avec mes mauvais vers de mirliton.
J'envoie une copie des deux morceaux à Gallet, en le prévenant que, pour gagner du temps, je vous les adresse directement. Je pense qu'il ne se blessera pas. Je lui dis aussi que vous êtes pressé et que j'attends les troisième et quatrième actes.
Nous sommes ici depuis avant-hier, un peu bousculés par l'emménagement. J'ai personnellement un grand besoin de repos, et je ne vais me remettre au travail qu'avec lenteur.—Travaillez bien, et dans deux mois vous nous jouerez tout ce que vous aurez fait.
Nos bien vives amitiés à Mme Bruneau et à Suzanne, et bien affectueusement à vous.
A Henry Céard.
Médan, 15 juin 1892.
Mon bon ami,