A J. van Santen Kolff.

Paris, 22 février 1893.

Mon cher confrère,

Je ne résiste pas à votre prière. Seulement, permettez-moi de répondre brièvement à vos questions.

Les renseignements dont vous me parlez sur Le Docteur Pascal sont exacts, bien qu'un peu déformés. Ainsi, il est très vrai que le fils de Maxime, Charles, se trouvera en présence de Tante Dide, sa trisaïeule, la mère, la souche de toute la famille. Voici vingt ans que je le réserve pour cette rencontre dernière. Il est très vrai aussi que j'avais songé à utiliser certains détails qu'on m'avait fournis sur les tourments intimes endurés par Claude Bernard; mais les nécessités de mon récit, le cadre dans lequel il faut que je m'enferme, ne m'ont pas permis de les employer comme j'aurais voulu; on n'en retrouvera que des miettes dans mon œuvre. Enfin, il est encore très vrai que le livre finira par une mère allaitant son enfant. Il n'y a seulement rien là d'idéaliste. C'est au contraire, selon moi, tout à fait réaliste. La vérité est que je conclurai par le recommencement éternel de la vie, par l'espoir en l'avenir, en l'effort constant de l'humanité laborieuse. Il m'a semblé brave, en terminant cette histoire de la terrible famille des Rougon-Macquart, de faire naître d'elle un dernier enfant, l'enfant inconnu, le Messie de demain peut-être. Et une mère allaitant un enfant, n'est-ce pas l'image du monde continué et sauvé? Voici que j'ai écrit à peu près la moitié du Docteur Pascal, et je suis content, autant que je puis l'être. Ce qui m'amuse, c'est que j'y mets l'explication et la défense de toute la série des dix-neuf romans qui ont précédé ce vingtième. Enfin, ma passion littéraire s'y satisfait.

Voilà, en hâte, mes réponses. Il me reste à vous remercier de votre vieille fidélité littéraire, et à vous serrer bien cordialement la main.


A Félix Albinet.

Médan, 24 juin 1893.