Dites bien à Charpentier que si je ne lui écris pas, c'est que je n'ai qu'une chose à lui écrire: nous partageons toutes ses affreuses angoisses, nous ne cessons de parler du pauvre enfant et de ses pauvres parents, nous faisons les vœux les plus ardents pour que l'issue soit heureuse et qu'ils soient tous consolés. On a, dans ces moments terribles, un sentiment si net de son impuissance, que je n'ose même écrire à mon vieil ami; car que lui dire, quel soulagement lui apporter, de quelle utilité lui être dans la douleur? Pour moi, l'espoir reste entier, et dites-leur bien à tous que ma certitude est que cet horrible malheur leur sera épargné.
Ma femme écrit à Mme Charpentier. Embrasses toute la famille pour nous. Et n'oubliez pas de nous donner ici des nouvelles.
Bien affectueusement
A Paul Brulat.
Paris, 20 décembre 1895.
Merci, mon cher Brulat, de votre bel article, qui m'a infiniment plu et infiniment touché. Vous me dites là des choses que je n'ai pas l'habitude de m'entendre dire; mais j'ai la vanité de les croire justes, en faisant la part de votre amitié. On ne me lit pas, c'est bien certain, du moins avec quelque intelligence; et j'ai comme l'idée que, vingt ans ou cinquante ans après ma mort, on me découvrira. L'étude à faire n'est pas faite, ne sera sans doute pas faite de mon vivant. C'est vous dire, encore une fois, combien j'ai été heureux de la belle page que vous venez d'écrire.
Affectueusement à vous.