Médan, 8 juillet 1896.

Mon vieil ami, nous étions quelques-uns qui avions le cœur bien gros à ce banquet, et pour des raisons que vous devinez. J'ai très mal parlé, bafouillant, trouvant à peine mes mots, troublé par la gaffe qu'on avait faite en voulant me faire présider, lorsque Goncourt était là. Mais enfin, j'ai eu la joie de dire, à propos de vous, ce que je voulais dire. Ne me remerciez donc pas, je me suis simplement soulagé.

Nous avons eu hier à dîner Desmoulin, avec les Fasquelle et les Mirbeau. Il part demain soir jeudi pour vous retrouver. C'est un gentil compagnon, avec qui j'ai fait quelques belles promenades à bicyclette; et il vous portera nos bien vives amitiés. Nous vous attendons à Saint-Germain, puis ici. Ce sera une grande joie pour nous. Et les bonnes nouvelles que vous nous envoyez de Jane et de vous deux nous enchantent. Vous allez nous revenir reposés et bien portants de ce beau pays si tranquille dont vous me parlez. Vous aviez tous bien besoin de cela, mon pauvre ami.

Moi, je me suis fâché avec Le Figaro, à l'occasion d'un de mes articles qui n'a pas passé. Je vous raconterai cela. Et je suis ravi maintenant de m'être débarrassé d'une besogne où je n'avais que de nouveaux ennemis à ramasser. Je me suis mis tout de suite à Paris. Tout va pour le mieux, et d'ailleurs je n'ai plus de contentement que dans le travail, lorsque je suis totalement libre de faire ce qui me plaît.

A bientôt, mon cher ami. Ma femme et moi, nous vous embrassons bien tendrement tous les trois, de tout notre cœur.


A Seménoff.

Paris, 27 novembre 1896.

Mon cher Seménoff,

Vous me dites que vous traduisez en langue russe le livre du docteur Toulouse[73], et vous me demandez ce que je pense de la publication de ce livre en Russie.