Vous me demandez pour votre fils aîné Jacques, dont vous allez fêter la dix-septième année, et pour ses trois cadets, Pierre, Jean et Paul, une lettre dans laquelle je leur dise où sont, selon moi, pour l'homme d'action, les sources des joies de la vie, et quelle est ma conception de la beauté morale.

Je ne puis que répéter ce que j'ai souvent écrit: j'ai mis toute ma vie dans le travail, et je m'en suis bien trouvé. C'est le travail, c'est la pensée de mon œuvre, de mon devoir à accomplir, qui m'a toujours tenu debout. C'est par le travail que j'ai connu toutes mes joies, et je crois bien que, si je vaux quelque chose aujourd'hui, c'est grâce uniquement au travail. C'est par lui que se feront la vérité et la justice, et l'homme lui doit tout: son intelligence et sa vertu.

Je souhaite à vos fils d'être simplement des travailleurs, certains qu'ils seront ainsi en marche vers toutes les joies et toutes les beautés.

Et je vous prie de me croire, cher Monsieur, votre bien cordial et bien dévoué.


A l'«Union des Ecrivains russes», à Saint-Pétersbourg[74].

Paris, 7 juin 1899.

Messieurs et chers confrères,

Je suis heureux et fier de m'associer à vous en pensée et de tout mon cœur d'écrivain, le jour où vous fêtez le génie de votre immortel Pouchkine, le père de la littérature russe moderne.

Je l'ai connu, surtout, par mon grand ami Tourguéneff qui m'a dit souvent sa gloire, l'homme universel qu'il a été, le poète admirable, le romancier profond et vivant, l'amant de la liberté et du progrès, le modèle impeccable que vous donnez à vos enfants pour qu'ils sachent écrire et penser. Et je l'ai aimé, comme il faut aimer tous les vastes cerveaux dont l'œuvre nationale fait partie du trésor humain.