Je lui envoie mon hommage par-dessus les frontières; il faut que les hommages de tous les écrivains du monde le fêtent. Et ce sera le vrai lien de paix, la fête universelle de la civilisation.

Veuillez agréer, Messieurs et chers confrères, l'assurance de mes sentiments fraternels.


A Alfred Bruneau.

Médan, 26 juillet 1899.

Mon cher ami, merci de votre renseignement au sujet de mes articles du Figaro. Ne vous inquiétez pas, j'ai retrouvé les trois articles. Mais je suis stupéfait de n'en avoir publié que trois. J'aurais juré qu'ils étaient quatre.

J'ai déjà songé à l'œuvre prochaine[75]. Je crois que je tiens quelque chose. Mais voici: notre idée de ne pas montrer l'enfant est mauvaise. Si on ne le voit pas, il n'existera pas, on ne s'intéressera pas à lui. Alors, j'ai songé à une femme mariée à quinze ou seize ans; dans le monde légendaire, cela est bien permis. Mettons qu'elle ait un fils à dix-sept ans. Lorsqu'elle en aura trente-six, ce fils en aura dix-neuf. Et, à trente-six ans, je puis avoir encore une femme merveilleusement belle, amoureuse et adorée, ce dont j'ai besoin. Cette femme-là, ce serait Delna, un rôle énorme; et, si je vous consulte, c'est que je suis très tenté de donner le rôle de mon jeune homme à une autre femme, un soprano, un travesti naturellement. Je crois qu'on pourrait tirer de cette mère et de ce fils joués par deux femmes, de grands effets de tendresse et de délicatesse. Le rôle du fils serait assez considérable, il faudrait une chanteuse, une artiste; et c'est ici que commence mon scrupule, je n'ose pousser davantage le sujet que j'ai trouvé, sans avoir votre approbation. N'avez-vous rien à me dire contre mon idée? Ce rôle de jeune homme de quinze à vingt ans joué par une femme ne vous gêne-t-il pas? Si je crois à la nécessité d'une femme dans le rôle, c'est que jamais un ténor, un homme, n'aura la grâce ni la jeunesse nécessaires. Dites-moi très franchement ce que vous pensez de cela, et tout de suite, pour que je creuse mon idée ou que je l'abandonne:

Nos bonnes amitiés pour vous, pour votre femme et pour Suzanne.


A Marcel Laurent.