Affectueusement à vous.
A Octave Mirbeau.
Paris, 29 novembre 1899.
Quelle bonne émotion je viens d'avoir, mon ami, en lisant votre article sur Fécondité! Ce qui l'anime d'un si grand souffle, ce qui le fait si beau et si retentissant, c'est votre tendresse pour moi; c'est le lien fraternel qui s'est noué entre nous. Je connais bien les défauts de mon livre, les invraisemblances, les symétries trop volontaires, les vérités banales de morale en action; et la seule excuse est celle que vous donnez: la construction particulière que m'a imposée le sujet. Mais avec quelle chaude sympathie vous mettez en valeur les bonnes pages, cette âme du livre, cet amour de la vie, du plus de vie possible, auquel j'ai tout sacrifié! Il faut aimer pour comprendre.
Je crois aussi qu'on me comprendra mieux, lorsque les trois romans suivants auront complété ma pensée. Fécondité n'est qu'une humanité élargie pour les besognes de demain. Mais la victoire y semble rester à la force, et c'est ce que viendront corriger l'organisation du travail, l'avènement de la vérité et de la justice. Tout cela est bien utopique, mais que voulez-vous? Voici quarante ans que je dissèque, il faut bien permettre à mes vieux jours de rêver un peu.
Je voulais seulement vous dire la grande joie que votre bonne tendresse m'a apportée ce matin, et je vous embrasse en frère reconnaissant, et j'embrasse également votre chère femme.
A Seménoff.
Médan, 14 septembre 1900.