Cher Monsieur,

Je crains d'être bien en retard pour tenir la promesse que je vous ai faite. Mais j'écris à mon éditeur, pour qu'il vous adresse tout de suite le recueil de mes articles: Nouvelle Campagne, dans lequel vous trouverez les quelques pages que j'ai écrites autrefois sur les Juifs, et que je suis très heureux de vous autoriser à reproduire dans le volume dont vous m'avez parlé.

Ce volume, qui doit être vendu au profit des Israélites du Midi de la Russie, qui ont tant souffert de la disette, est un bel et touchant exemple de solidarité humaine, une grande et bonne action à laquelle je vous remercie de m'avoir associé. Il faut que, d'un bout de la terre à l'autre, les mains se tendent et se serrent fraternellement, si l'on veut que la misère des hommes soit soulagée et que la paix règne enfin.

Bien cordialement à vous.


A Armand Dayot.

Paris, 25 octobre 1900.

Mon cher confrère,

La photographie en pied est de 1862; une partie des Contes à Ninon était écrite, mais rien encore n'avait été publié. J'ai complètement oublié le nom du photographe, qui demeurait rue Saint-Hyacinthe-Saint-Michel. Quant à la photographie en buste, elle est de 1869: j'avais 29 ans et j'étais rédacteur au Rappel. Le photographe, qui avait photographié tout Le Rappel, se nommait Geradet. On m'a conté qu'on a trouvé toutes ces photographies à la Préfecture de police, après le 4 septembre: ce qui a fait croire que le photographe, qui s'était montré si gracieux pour nous, travaillait au compte de la police, désireuse d'avoir nos portraits, en cas d'un coup de main.

En 1869, j'avais écrit: Les Contes à Ninon, la Confession de Claude, Thérèse Raquin, Madeleine Férat, Mes Haines, Mon Salon, et j'allais commencer la série des «Rougon-Macquart», dont le plan était arrêté, et dont j'écrivais déjà le premier volume: La Fortune des Rougon.