Baille est parti pour Aix samedi dernier. Il reviendra le 2 ou 3 octobre. Il a achevé, pour la librairie Hachette, un volume de physique dont je crois vous avoir parlé. L'œuvre paraîtra vers la fin de l'année.

Et d'un.

Cézanne travaille; il s'affirme de plus en plus dans la voie originale où sa nature l'a poussé. J'espère beaucoup en lui. D'ailleurs, nous comptons qu'il sera refusé pendant dix ans. Il cherche en ce moment à faire des œuvres, de grandes œuvres, des toiles de quatre à cinq mètres. Il partira pour Aix prochainement, peut-être en août, peut-être à la fin de septembre seulement. Il y passera deux mois au plus.

Et de deux.

Valabrègue est ici depuis le mois de mars. Il a perdu beaucoup de sa jeunesse, et je crois pouvoir répondre de lui maintenant. Il n'a point à se presser, et je l'approuve de ne vouloir publier une première œuvre qu'à vingt-cinq ans au plus tôt. Il observe et il étudie.—Il part pour Aix dans huit jours et y passera deux mois.

Et de trois.

Il me reste à vous parler de moi. Je vous ai envoyé mes deux dernières publications: vous savez donc ce que j'ai fait depuis votre départ. En outre, je ne suis plus chez Hachette depuis le 1er février, époque à laquelle je suis entré à L'Évènement. Je fais dans le journal la bibliographie, d'une façon fixe, aux appointements de cinq cents francs par mois. Ajoutez à cela une correspondance hebdomadaire que j'envoie au Salut public, et qui m'est payée cent francs. Voilà mon bilan, et mes occupations ordinaires. De plus, j'ai commencé un livre de haute critique: L'œuvre d'art devant la critique, que je publierai sans doute vers novembre. Je compte enfin donner dans deux ou trois mois un roman à L'Évènement. Vous voyez que le travail ne manque pas. Dieu merci, la paresse se porte également fort bien.

Je n'habite plus la rue de l'École-de-Médecine. Je suis maintenant avec ma femme rue de Vaugirard, n° 10, à côté de l'Odéon. Nous avons là tout un appartement, salle à manger, chambre à coucher, salon, cuisine, chambre d'ami, terrasse. C'est un palais véritable dont nous vous ouvrirons largement les portes dès votre retour.

En somme, je suis satisfait du chemin parcouru. Mais je suis un impatient, et je voudrais marcher encore plus vite. Puis, vous ne sauriez croire combien on est sujet à des lassitudes subites dans le rude métier que je fais. J'ai presque un article à faire par jour. Il me faut lire, ou du moins parcourir, les ouvrages de tous les imbéciles contemporains. Je ne me repose qu'en travaillant un peu à mes livres.

Alexandrine engraisse, moi je maigris un peu.