J'ai oublié, dans ma dernière entrevue, de vous recommander de nouveau le garçon dont je vous ai parlé, comme garçon de bureau. Il pourrait faire la recette, épousseter les meubles, s'occuper de n'importe quoi, pourvu qu'il ne s'agisse pas de tenir des écritures trop compliquées. Il n'a reçu qu'une demi-éducation qui ne lui permet pas d'être commis.
Vous me rendriez un véritable service en le prenant avec vous. Il y a deux ans que je lui promets de le placer. Soit négligence de ma part, soit mauvaise chance, je ne lui ai encore rien trouvé. Voulez-vous que je vous le conduise un de ces jours?
La question des appointements a-t-elle été vidée? C'est là une question assez grave pour moi; je regrette beaucoup le journal quotidien, qui m'aurait permis de vivre tranquille dans une famille honorable en suffisant à mes besoins.
J'ai assez des trafics plus ou moins dignes de la petite presse. On s'y amoindrit et on s'y tue.
Je ne sais quand je pourrai aller vous voir aux bureaux de La Tribune. Je suis un peu souffrant et je travaille l'après-midi. D'ailleurs, il est inutile que j'aille me mettre dans vos jambes en ce moment. Veuillez donc avoir l'obligeance de me tenir au courant par lettres, comme vous avez eu la bonté de le faire jusqu'ici. Avertissez-moi quand je pourrai m'entendre définitivement avec M. Pelletan sur certains détails d'exécution, tels que la longueur de mes articles et les jours où je dois envoyer ma copie. Je préfère ne pas embarrasser le plancher tant qu'on n'aura pas besoin de moi. Pourvu que je sois averti deux ou trois jours à l'avance de l'apparition du journal, cela suffira.
Avez-vous vu les tableaux de Camille Pissarro; et êtes-vous de mon avis?
Votre bien dévoué.
S'il est nécessaire, quand on parlera des appointements, veuillez faire valoir que je dois donner un article dans chaque numéro. Puisqu'on n'a engagé que moi comme littérateur, je me trouve donc à la tête de la partie littéraire du journal, et j'espère que l'on me donnera ce que l'on compte donner à un rédacteur politique qui fournirait la même quantité de besogne que moi. Remarquez encore que si le journal avait été quotidien, mon travail n'aurait presque pas augmenté. Vous me le disiez vous-même: la rédaction d'un journal hebdomadaire coûte presque aussi cher que celle d'une feuille quotidienne.
Tout ceci entre nous. Je suis certain que vous veillerez à mes intérêts. N'oubliez pas une chose: le désintéressement n'est de mise que lorsque tout le monde est désintéressé; dans le cas contraire, il prend le nom de duperie.