Si vous vous ennuyez, venez. Voilà tout ce que je puis vous dire pour le moment. Quand vous serez ici, vous verrez. Il est impossible à distance de placer quelqu'un.
Roux vous a effrayé à tort. La vie est ici comme partout, cher et bon marché. On ne vous empoisonnera pas plus qu'à Paris. Vous trouverez une chambre à trente francs et le reste à l'avenant.
Donc tâtez-vous et agissez. Donnez-moi toujours de vos nouvelles.
On m'en apprend une belle. On a failli, me dit-on, me rechercher à Aix comme réfractaire. Cela est monumental. Il faut qu'on soit bien bête et bien méchant à Aix. Dites donc cela à vos amis. Il ne faudrait pas qu'on nous dégoûtât trop du peuple. Je me suis battu pour lui dans les journaux de Paris; mais si jamais j'ai un peu de pouvoir, je vous déclare que je musèlerai les envieux et les lâches.
Votre bien dévoué.
A Louis Ulbach.
Paris, 6 novembre 1871.
Mon cher Ulbach,
J'ai reçu de M. le procureur de la République l'invitation de me rendre à son cabinet, et là ce magistrat m'a très poliment averti qu'il avait reçu un grand nombre de dénonciations contre La Curée. Il n'a pas lu le roman; mais, dans la crainte d'avoir à sévir, et voulant éviter un procès, il m'a fait entendre qu'il serait peut-être prudent de cesser la publication d'une pareille œuvre, me laissant d'ailleurs toute liberté de la continuer à mes risques et périls.