Paris, 9 septembre 1872.
Ah! mon cher Ulbach, que je me tiens à quatre pour ne pas répondre avec toute ma colère d'artiste à la lettre que vous avez écrite à Guérin, et que Guérin me communique! «Obscène»! Toujours le même mot donc! Je le rencontre sous votre plume d'écrivain, comme je l'ai entendu dans la bouche de M. Prudhomme. Vous n'avez pas trouvé un autre mot pour me juger, et c'est ce qui me fait croire que ce gros mot ne vient pas de vous, et que vous l'avez laissé fourrer dans votre poche dans quelque cabinet officiel, pour me l'apporter tout chaud sous le nez.
Oh! ce mot! Si vous saviez comme il me paraît bête. Excusez-moi, mais je vous parle en confrère, et non en rédacteur. Heureusement qu'il ne me fâche plus, depuis que je l'ai entendu dans la bouche des procureurs impériaux. Non, vous ne m'avez pas blessé, bien qu'«obscène» soit terriblement gros. Je vais brûler votre lettre, pour que la postérité ignore cette querelle. Je sais que vous retirerez cet «obscène», quand les dames ne vous monteront plus la tête contre moi.
Je regrette de vous avoir causé cet ennui, et je suis très heureux de votre idée de soumettre mes articles à un censeur. Comme cela, je ne serai plus un danger pour les populations. Vos actionnaires et vos amis dormiront dans leur chasteté. Sans plaisanterie, je ne demande pas mieux que de les satisfaire, si la question d'argent tient à cela. Menacez-les d'un de mes articles, s'ils ne prennent pas chacun une action.
Je vous verrai demain, pour que vous me traitiez comme un échappé des lupanars. Vous savez que je vis dans l'orgie et que je scandalise mon époque par mon existence désordonnée. On ne voit que moi dans les lieux de débauche. Non, tenez, j'ai votre «obscène» sur le cœur. Vous n'auriez pas dû l'écrire, en me connaissant et en sachant que je suis plus hautement moral que toute la clique des imbéciles et des fripons.
Ne m'en voulez pas, et croyez-moi votre bien dévoué et bien obéissant rédacteur.
A Maurice Dreyfous.
Paris, 22 octobre 1872.
Mon cher Dreyfous,