Dès que j'ai eu mon manuscrit, je n'ai rien eu de plus chaud que de le porter ailleurs. C'est décidément une maladie: on veut quand même être joué. Je n'avais plus qu'à aller frapper à la porte du théâtre Cluny. J'y suis allé. Et hier Weinschenk a reçu ma pièce. Elle passera avant celle de Flaubert, vers le milieu de septembre, Dieu sait dans quelles conditions, car la troupe m'effraye singulièrement. Que voulez-vous? ç'a été plus fort que moi, il m'a fallu aller dans cette galère, pour ma tranquillité de tête. Le manuscrit, dans un de mes tiroirs, me rendait malheureux.

Le pis est que voilà votre aimable invitation dans l'eau. Les répétitions commenceront du 10 au 15 du mois prochain, et il ne me sera pas possible de tenir la parole que j'ai donnée à Mme Charpentier. Dites-lui de ne pas trop me tenir rancune. Expliquez-lui qu'un auteur qui a une pièce à placer est l'être le plus à plaindre du monde. J'ai vainement supplié Weinschenk de remettre la chose à plus tard. Il a sa saison prête, dit-il. Enfin, je suis désolé, d'autant plus que je comptais sur ces quelques jours de repos pour me remettre du très vilain été que je viens de passer.

J'attends Dreyfous pour causer avec lui des Nouveaux Contes à Ninon et de La Faute de l'abbé Mouret. Et, en l'attendant, je lui serre la main.

Ma femme me prie de présenter tous ses compliments et tous ses regrets à Mme Charpentier. Elle avait commencé à faire ses malles. Elle embrasse bien les bébés.

Une bonne poignée de main, mon cher ami, et encore une fois excusez-moi de tout ceci.

Votre bien dévoué.

Il est bien entendu que je retarderai la première jusqu'à votre retour. Je tiens beaucoup à ce que vous soyez là.


A Gustave Flaubert.

Paris, 9 octobre 1874.