Au demeurant, nous nous portons bien. Ma femme va mieux. Elle patauge dans l'eau avec héroïsme. C'est elle qui nous entretient de crevettes. Son bain est élevé à la hauteur d'une institution. Nous allons avoir des grandes marées, et on nous promet que nous pêcherons des crevettes rouges. Nous verrons bien.
Votre mère m'a dit que Mme Charpentier et mon filleul se portaient bien. Mais donnez-moi des nouvelles de tout le petit monde, quand vous m'écrirez. Je vais demain envoyer à Dreyfous une lettre pour qu'il aille chez Jourde. Voilà le 15, la date fixée par ce dernier pour la réponse qu'il nous doit.
Voilà, mon bon ami. Tous nos compliments à Mme Charpentier et tous nos baisers pour les bébés. Ma femme veut faire bande à part et embrasse une fois encore la mère et les enfants.
Une poignée de main de votre tout dévoué.
J'oubliais: mon Russe voyageait, et la traite va être adressée à mon nom. Je l'endosserai dès que je l'aurai, et je vous renverrai. Vous tâcherez de la toucher pour moi.
Au même.
Saint-Aubin, 29 septembre 1875.
Mon cher ami,
Vos nouvelles sont bonnes, en somme, puisque le roman[20] vous a plu et que les personnes qui l'ont lu ont reçu une secousse; seulement, il serait bien désirable que nous puissions le placer quelque part. Je vous avoue que, si les journaux me refusent celui-là, je n'oserai plus leur en porter d'autres. Vous avez beau le trouver raide, ce n'est pas la donnée qui est raide, comme dans l'Abbé Mouret; ce sont seulement deux ou trois scènes, un peu vives, qu'il s'agirait d'enlever, et je suis tout prêt à faire, pour le feuilleton, les coupures nécessaires. D'ailleurs, nous pourrons bientôt causer de tout cela et nous chercherons ensemble.