Ma femme t'envoie ses amitiés. Une bonne poignée de main.
J'ai oublié de te dire la cause de l'accident: c'est l'écrou d'une roue qui est parti; la roue s'est défaite, et l'omnibus a culbuté.
A Albert Millaud[21].
Piriac, 3 septembre 1876.
Monsieur et cher confrère,
Je me trouve absent de Paris, et c'est aujourd'hui seulement que je lis Le Figaro du 1er septembre.
Certes, mes œuvres appartiennent aux critiques. Permettez-moi cependant dix lignes d'explications aux longs extraits que vous avez bien voulu donner de L'Assommoir. Je les crois d'une telle nécessité pour vous et pour moi que je vous prie de publier ma lettre dans Le Figaro.
L'Assommoir est la peinture d'une certaine classe ouvrière, une tentative avant tout littéraire, dans laquelle j'ai essayé de reconstituer le langage des faubourgs parisiens. Il faut donc considérer le style travaillé et recherché du livre comme une étude philologique, et rien de plus.
D'autre part, L'Assommoir est en cours de publication, je veux dire que personne ne saurait aujourd'hui en juger la portée morale. J'affirme que la leçon y sera terrible, vengeresse, et que jamais roman n'a eu des intentions plus strictement honnêtes.