Trois zouaves appelèrent Maurice et Jean. À cinq, on ferait de la besogne.
— Venez donc… Y a des chevaux qui claquent, et si on avait seulement du bois sec…
Puis, ils se ruèrent sur une maison de paysan, cassèrent les portes des armoires, arrachèrent le chaume de la toiture. Des officiers qui arrivaient au pas de course, en les menaçant de leurs revolvers, les mirent en fuite.
Jean, quand il vit les quelques habitants restés à Iges aussi misérables et affamés que les soldats, regretta d'avoir dédaigné la farine, au moulin.
— Faut retourner, peut-être qu'il y en a encore.
Mais Maurice commençait à être si las, si épuisé d'inanition, que Jean le laissa dans un trou des carrières, assis sur une roche, en face du large horizon de Sedan. Lui, après une queue de trois quarts d'heure, revint enfin avec un torchon plein de farine. Et ils ne trouvèrent rien autre chose que de la manger ainsi, à poignées. Ce n'était pas mauvais, ça ne sentait rien, un goût fade de pâte. Pourtant, ce déjeuner les réconforta un peu. Ils eurent même la chance de trouver, dans la roche, un réservoir naturel d'eau de pluie, assez pure, auquel ils se désaltérèrent avec délices.
Puis, comme Jean proposait de rester là l'après-midi, Maurice eut un geste violent.
— Non, non, pas là!… J'en tomberais malade, d'avoir ça longtemps sous les yeux…
De sa main tremblante, il indiquait l'horizon immense, le Hattoy, les plateaux de Floing et d'Illy, le bois de la Garenne, ces champs exécrables du massacre et de la défaite.
— Tout à l'heure, pendant que je t'attendais, j'ai dû me décider à tourner le dos, car j'aurais fini par hurler de rage, oui! Hurler comme un chien qu'on exaspère… Tu ne peux t'imaginer le mal que ça me fait, ça me rend fou!