—Voulez-vous savoir, Caporal? eh bien! ça y est, je peux garder Jules pour compte.
Jean qui, jusque-là, lui donnait des espérances, hocha le menton.
—Ma foi! je crois que vous êtes dans le vrai.
Et il jeta un regard sur Jules qu'il avait oublié. Le mioche, serré dans son maillot, dormait toujours, avec sa petite face immobile, noyée de lumière. C'était ça l'embêtant, ce gamin! Autrement, pourquoi n'aurait-il pas épousé Lise, puisqu'elle se trouvait libre? Cette idée lui venait là, tout d'un coup, à la regarder au travail. Peut-être bien qu'il l'aimait, que le plaisir de la voir l'attirait seul dans la maison. Il en restait surpris pourtant, ne l'ayant pas désirée, n'ayant même jamais joué avec elle, comme il jouait avec Françoise, par exemple. Et, justement, en levant la tête, il aperçut celle-ci, demeurée toute droite et furieuse au soleil, les yeux si luisants de passion, si drôles, qu'il en fut égayé, dans le trouble de sa découverte.
Mais un bruit de trompette, un étrange turlututu d'appel se fit entendre; et Lise, quittant ses pois, s'écria:
—Tiens! Lambourdieu!… J'ai une capeline à lui commander.
De l'autre côté de la haie, sur le chemin, apparut un petit homme court, trompettant et précédant une grande voiture longue, que traînait un cheval gris. C'était Lambourdieu, un gros boutiquier de Cloyes, qui avait peu à peu joint à son commerce de nouveautés la bonneterie, la mercerie, la cordonnerie, même la quincaillerie, tout un bazar qu'il promenait de village en village, dans un rayon de cinq ou six lieues. Les paysans finissaient par lui tout acheter, depuis leurs casseroles jusqu'à leurs habits de noce. Sa voiture s'ouvrait et se rabattait, développant des files de tiroirs, un étalage de vrai magasin.
Lorsque Lambourdieu eut reçu la commande de la capeline, il ajouta:
—Et, en attendant, vous ne voulez pas de beaux foulards?
Il tirait d'un carton, il faisait claquer au soleil des foulards rouges à palmes d'or, éclatants.