—Maître, es-tu malade?… Pourquoi ne le dis-tu pas? Je te soignerais.

Il demeura la face contre le livre, murmurant d'une voix sourde:

—Malade, qu'est-ce que ça te fait? Je n'ai besoin de personne.

Conciliante, elle reprit:

—Si tu as des chagrins, et que tu puisses me les dire, cela te soulagerait peut-être…. Hier, tu es rentré si triste! Il ne faut pas te laisser abattre ainsi. J'ai passé une nuit bien inquiète, je suis venue trois fois écouter à ta porte, tourmentée par l'idée que tu souffrais.

Si doucement qu'elle eût parlé, ce fut comme un coup de fouet qui le cingla. Dans son affaiblissement maladif, une secousse de brusque colère lui fit repousser le livre et se dresser, frémissant.

—Alors, tu m'espionnes, je ne peux pas même me retirer dans ma chambre, sans qu'on vienne coller l'oreille aux murs…. Oui, on écoute jusqu'au battement de mon coeur, on guette ma mort, pour tout saccager, tout brûler ici….

Et sa voix montait, et toute sa souffrance injuste s'exhalait en plaintes et en menaces.

—Je te défends de t'occuper de moi…. As-tu autre chose à me dire? As-tu réfléchi, peux-tu mettre ta main dans la mienne, loyalement, en me disant que nous sommes d'accord?

Mais elle ne répondait plus, elle continuait seulement à le regarder de ses grands yeux clairs, dans sa franchise à vouloir se garder encore; tandis que lui, exaspéré davantage par cette attitude, perdait toute mesure.