Ce fut là qu'un matin Pascal entendit, à son tour, la fin d'une conversation, qui aggrava sa souffrance. Il ne sortait plus guère de sa chambre avant le déjeuner, et Clotilde venait de recevoir le docteur Ramond dans la salle, où ils s'étaient mis à causer doucement, l'un près de l'autre, au milieu du clair soleil.
Pour la troisième fois, Ramond se présentait depuis huit jours. Des circonstances personnelles, la nécessité surtout d'asseoir définitivement sa situation de médecin à Plassans, l'obligeaient à ne pas différer plus longtemps son mariage; et il voulait obtenir de Clotilde une réponse décisive. Deux fois déjà, des tiers, s'étant trouvés là, l'avaient empêché de parler. Comme il désirait ne la tenir que d'elle-même, il avait résolu de s'en expliquer directement, dans une conversation de franchise. Leur camaraderie, leurs têtes raisonnables et droites à tous deux, l'autorisaient à cette démarche. Et il termina, souriant, les yeux dans les siens.
—Je vous assure, Clotilde, que c'est le dénouement le plus sage…. Vous le savez, voici longtemps que je vous aime. J'ai pour vous une tendresse et une estime profondes…. Mais cela ne suffirait peut-être pas, il y a encore que nous nous entendrons parfaitement et que nous serons très heureux ensemble, j'en suis certain.
Elle n'avait pas baissé les regards, elle le regardait franchement, elle aussi, avec un amical sourire. Il était vraiment très beau, dans toute la force de la jeunesse.
—Pourquoi, demanda-t-elle, n'épousez-vous pas mamoiselle Lévêque, la fille de l'avoué? Elle est plus jolie, plus riche que moi, et je sais qu'elle serait si heureuse…. Mon bon ami, j'ai peur que vous ne fassiez une sottise en me choisissant.
Il ne s'impatienta pas, l'air toujours convaincu de la sagesse de sa détermination.
—Mais je n'aime pas mademoiselle Lévêque et je vous aime…. D'ailleurs, j'ai réfléchi à tout, je vous répète que je sais très bien ce que je fais. Dites oui, vous n'avez vous-même pas de meilleur parti à prendre.
Alors, elle devint grave, et une ombre passa sur son visage, l'ombre de ces réflexions, de ces luttes intérieures, presque inconscientes, qui la tenaient muette depuis de longs jours.
—Eh bien! mon ami, puisque c'est tout à fait sérieux, permettez-moi de ne pas vous répondre aujourd'hui, accordez-moi quelques semaines encore…. Maître est vraiment très malade, je suis moi-même troublée; et vous ne voudriez pas me devoir à un coup de tête…. Je vous assure, à mon tour, que j'ai pour vous beaucoup d'affection. Mais ce serait mal de se décider en ce moment, la maison est trop malheureuse…. C'est entendu, n'est-ce pas? Je ne vous ferai pas attendre longtemps.
Et, pour changer la conversation, elle ajouta: