Justement, comme il regardait le groupe de Duvillard et des deux ministres, il assista à un racolage de Chaigneux, qui continuait, au travers de la sacristie, son recrutement pour la représentation du soir. Il célébrait Silviane, fouettait les curiosités, annonçait un succès énorme. Et, s'étant approché de Dauvergne, sa longue échine pliée en deux:
—Mon cher ministre, j'ai une requête à vous présenter de la part d'une belle dame, dont la victoire ne sera pas complète, ce soir, si vous ne daignez y joindre votre suffrage.
Dauvergne, joli homme, grand, blond, avec des yeux bleus qui souriaient derrière un binocle, l'écoutait d'un air de bienveillance. Il réussissait beaucoup à l'Instruction publique, bien qu'il ignorât tout de l'Université. Mais, en vrai Parisien de Dijon, comme on disait, il n'était point sans tact ni malice, il donnait des fêtes où sa jeune et délicieuse femme excellait, il passait pour un ami éclairé des écrivains et des artistes. Et l'engagement de Silviane à la Comédie, son œuvre jusqu'ici la plus fameuse, qui aurait coulé tout autre ministre, l'avait, par une singulière aventure, rendu populaire. On trouvait cela inattendu, amusant.
Lorsqu'il eut compris que Chaigneux désirait simplement être certain qu'il occuperait, le soir, sa loge à la Comédie, il redoubla d'amabilité.
—Mais certainement, mon cher député, je serai là. Quand on a une si charmante filleule, on ne l'abandonne pas dans le danger.
Monferrand, qui écoutait d'une oreille, se tourna soudain.
—Et dites-lui que je compte bien y être aussi, et qu'elle aura de la sorte deux amis de plus dans la salle.
Duvillard, ravi, les yeux brillant d'émotion et de gratitude, s'inclina, comme si les deux ministres venaient de lui faire, personnellement, une grâce inoubliable.
Ce fut alors, après avoir lui-même profondément remercié, que Chaigneux aperçut Fonsègue. Il se précipita, il l'emmena un peu à l'écart.
—Ah! mon cher collègue, il faut absolument que cette affaire s'arrange. Je la considère comme d'une importance capitale.