—Depuis cet après-midi seulement, dit Mme Correur. Nous sommes descendus là, en face, place de la Préfecture, à l'hôtel de Paris.» Et elle expliqua qu'elle arrivait de Coulonges, où elle avait passé deux jours. Puis, s'interrompant pour montrer la grande fille.

«Mademoiselle Herminie Billecoq, qui a bien voulu m'accompagner.» Herminie Billecoq fit une révérence cérémonieuse.

Mme Correur continua:

«Je ne vous ai pas parlé de ce voyage, parce que vous m'auriez peut-être blâmée; mais c'était plus fort que moi, je voulais voir mon frère.... Quand j'ai appris votre voyage à Niort, je suis accourue. Nous vous guettions, nous vous avons regardé entrer à la préfecture; seulement nous avons jugé préférable de nous présenter très tard. Ces petites villes sont si méchantes!» Rougon approuva de la tête. Mme Correur, en effet, grasse, peinte en rose, habillée de jaune, lui semblait compromettante en province.

«Et vous avez vu votre frère? demanda-t-il.

—Oui, murmura-t-elle, les dents serrées, je l'ai vu.

Mme Martineau n'a pas osé me mettre à la porte. Elle avait pris la pelle, elle faisait brûler du sucre.... Ce pauvre frère! Je savais qu'il était malade, mais ça m'a donné un coup tout de même de le voir si décharné. Il m'a promis de ne pas me déshériter; cela serait contraire à ses principes. Le testament est fait, la fortune doit être partagée entre moi et Mme Martineau.... N'est-ce pas, Herminie?

—La fortune doit être partagée, affirma la grande fille. Il l'a dit quand vous êtes entrée, il l'a répété quand il vous a montré la porte. Oh! c'est sûr, je l'ai entendu.»

Cependant, Rougon poussait les deux femmes, en disant:

«Eh bien, je suis enchanté! Vous êtes plus tranquille maintenant. Mon Dieu, les querelles de famille, ça finit toujours par s'arranger.... Allons, bonsoir. Je vais me coucher.» Mais Mme Correur l'arrêta. Elle avait tiré son mouchoir de la poche, elle se tamponnait les yeux, prise d'une crise brusque de désespoir.