Et se tournant vers Gilquin:
«Qu'en pensez-vous?
—Je procéderai demain à l'arrestation, répondit celui-ci. Je connais toute l'affaire. J'ai vu Mme Correur à l'hôtel de Paris, où je dîne d'habitude.» Du Poizat ne fit aucune objection. Il tira un petit carnet de sa poche, biffa un nom pour en écrire un autre au-dessus, tout en recommandant au commissaire central de faire surveiller quand même le professeur de quatrième. Rougon accompagna Gilquin jusqu'à la porte. Il reprit:
«Ce Martineau est un peu souffrant, je crois. Allez en personne à Coulonges. Soyez très doux.» Mais Gilquin se redressa d'un air blessé. Il oublia tout respect, il tutoya Son Excellence.
«Me prends-tu pour un sale mouchard! s'écria-t-il.
Demande à Du Poizat l'histoire de ce pharmacien que j'ai arrêté au lit, avant-hier. Il y avait, dans le lit, la femme d'un huissier. Personne n'a rien su.... J'agis toujours en homme du monde.» Rougon dormit neuf heures d'un sommeil profond.
Quand il ouvrit les yeux le lendemain, vers huit heures et demie, il fit appeler Du Poizat, qui arriva, un cigare aux dents, l'air très gai. Ils causèrent, ils plaisantèrent comme autrefois, lorsqu'ils habitaient chez Mme Mélanie Correur, et qu'ils allaient se réveiller, le matin, avec des tapes sur leurs cuisses nues. Tout en se débarbouillant, le ministre demanda au préfet des détails sur le pays, les histoires des fonctionnaires, les besoins des uns, les vanités des autres. Il voulait pouvoir trouver pour chacun une phrase aimable.
«N'ayez pas peur, je vous soufflerai!» dit Du Poizat en riant.
Et, en quelques mots, il le mit au courant, il le renseigna sur les personnages qui l'approcheraient. Rougon, parfois, lui faisait répéter un fait pour le mieux caser dans sa mémoire. A dix heures, M. Kahn arriva.
Ils déjeunèrent tous les trois, en arrêtant les derniers détails de la solennité. Le préfet ferait un discours; M. Kahn aussi. Rougon prendrait la parole le dernier.