—Oh! oui, de bien drôles! dit Merle. Je puis en conter long.... M. Rougon ne sera guère regretté. Moi, je ne suis pas payé pour l'aimer, d'abord. Il a failli me faire mettre à la porte.» Dans la grande salle, que Rougon traversa à pas lents, les comptoirs étaient vides. Les visiteurs, pour plaire à l'impératrice qui patronnait l'œuvre, avaient mis les marchandises au pillage. Les vendeuses, enthousiasmées, parlaient de rouvrir le soir, avec un nouveau fonds. Et elles comptaient leur argent sur les tables.
Des chiffres partaient, au milieu de rires victorieux:
une avait fait trois mille francs, une autre quatre mille cinq cents, une autre sept mille, une autre dix mille.
Celle-là rayonnait. Elle était une femme de dix mille francs.
Pourtant, Mme de Combelot se désespérait. Elle venait de placer sa dernière rose, et les clients assiégeaient toujours son kiosque. Elle descendit, pour demander à Mme Bouchard si elle n'avait rien à vendre, n'importe quoi. Mais le tourniquet, lui aussi, était vide; une dame emportait le dernier lot, une petite cuvette de poupée. Elles cherchèrent quand même, elles s'entêtèrent, et finirent par trouver un paquet de cure-dents, qui avait roulé par terre. Mme de Combelot l'emporta en criant victoire. Mme Bouchard la suivit. Toutes deux remontèrent dans le kiosque.
«Messieurs! messieurs! appela la première, hardiment, debout, ramassant les hommes au-dessous d'elle, d'un geste arrondi de ses bras nus voici tout ce qui nous reste, un paquet de cure-dents.... Il y a vingt-cinq cure-dents.... Je les mets aux enchères...» Les hommes se bousculaient, riaient, levaient en l'air leurs mains gantées. L'idée de Mme de Combelot avait un succès fou.
«Un cure-dent! cria-t-elle. Il y a marchand à cinq francs... voyons, messieurs, cinq francs!
—Dix francs! dit une voix.
—Douze francs!
—Quinze francs!» Mais M. d'Escorailles ayant sauté brusquement à vingt-cinq francs, Mme Bouchard se pressa et laissa tomber de sa voix flûtée: