C'était la même chambre où il avait été introduit comme hôte dix-huit ans auparavant; la même lune brillait à travers la fenêtre, et au dehors s'étendait le même paysage d'automne. Nous n'avions pas allumé de bougie, mais tout l'appartement était éclairé, et l'on voyait même les portraits sur le mur: la tête splendide de Madame Linton et la tête gracieuse de son mari. Heathcliff s'avança vers le foyer. Le temps ne l'avait guère changé lui non plus. C'était le même homme, avec son visage sombre, plus pâle et plus affermi; sa stature était un peu plus forte, voilà tout. En le voyant, Catherine s'était levée et avait fait un mouvement pour sortir.

—Halte! lui dit-il, l'arrêtant par le bras. Plus d'escapades! Où voudriez-vous aller? Je suis venu vous chercher pour vous ramener; et j'espère que vous serez une fille obéissante et que vous n'encouragerez plus mon fils à me désobéir. J'ai été embarrassé pour le punir, quand je vous ai vue partir; c'est une telle toile d'araignée, qu'il suffirait de le toucher pour l'anéantir. Mais vous verrez à son regard qu'il a eu son affaire. Avant-hier soir, je l'ai descendu de sa chambre et installé dans un fauteuil; et je suis simplement resté deux heures, seul, à côté de lui. Depuis lors j'imagine qu'il doit me voir souvent, même absent. Hareton me dit que la nuit il s'éveille et crie pendant des heures et vous appelle pour le protéger contre moi. Ainsi, que vous aimiez ou non votre précieux mari, il faut que vous veniez. C'est vous qui aurez désormais à vous occuper de lui; je vous transmets ce soin entièrement.

—Pourquoi ne pas laisser Catherine demeurer ici, fis-je, et ne pas lui envoyer Master Linton? Comme vous les haïssez tous les deux, ils ne vous manqueront pas.

—Je suis en quête d'un locataire pour la Grange, et puis je veux avoir mes enfants près de moi. Et puis, cette fille me doit son service en échange du pain qu'elle mangera. Je ne suis pas disposé à l'entretenir dans le luxe et la paresse, lorsque Linton ne sera plus là. Allons, hâtez-vous de vous préparer, et ne me forcez pas à agir.

—Non, dit Catherine. Linton est tout ce que j'ai à aimer dans le monde; et bien que vous ayez fait tout ce que vous pouviez pour me le rendre odieux, vous ne pourrez pas faire que nous nous haïssions. Et je vous défie de lui faire du mal pendant que je serai près de lui, et je vous défie de me faire peur.

—Vous êtes un adversaire plein de morgue, répondit Heathcliff, mais je vous déteste assez pour ne jamais lui faire du mal; je veux que votre tourment dure jusqu'au bout. Ce n'est pas moi qui vous le ferai haïr, mais sa propre petite nature.

—Je sais qu'il a une mauvaise nature, dit Catherine; il est votre fils. Mais je suis heureuse d'en avoir une meilleure, pour pardonner; et puis je sais qu'il m'aime, et pour cette raison je l'aime. Vous, M. Heathcliff, vous n'avez personne pour vous aimer; et si misérables que vous nous fassiez, nous aurons toujours la revanche de penser que votre cruauté vient de ce que vous l'êtes plus que nous. Car vous êtes misérable, n'est-ce pas? Solitaire comme le démon et envieux comme lui! Personne ne vous aime, personne ne pleurera pour vous quand vous mourrez; je ne voudrais pas être vous!

Catherine dit cela avec une sorte de triomphe lugubre; elle semblait s'être décidée à entrer dans l'esprit de sa future famille et à tirer plaisir, du chagrin de ses ennemis.

—Vous vous repentirez amèrement si vous restez ici une minute de plus, dit son beau-père. Allez, sorcière, et emportez vos affaires!

Elle sortit, le regardant avec mépris. En son absence, je commençai à demander la place de Zillah aux Heights, offrant de lui céder la mienne à la Grange, mais il ne voulut pas en entendre parler. Il me dit de me taire, et alors pour la première fois fit l'inspection de la chambre. Ayant considéré le portrait de Madame Linton, il me dit: