—Non, non, répondit-il froidement, ce n'est pas si pressé. Asseyez-vous et dînez avec nous. Un hôte que l'on est assuré de ne plus revoir peut en général être bien accueilli. Catherine, apportez le dîner. Où êtes-vous?
Catherine reparut, avec un paquet de couteaux et de fourchettes.
—Vous aurez à dîner avec Joseph, lui murmura Heathcliff à part, et vous resterez dans la cuisine jusqu'à ce qu'il soit parti.
Entre M. Heathcliff, sombre et maussade, et Hareton absolument muet, je fis un assez triste repas. Je partis de bonne heure. J'aurais voulu sortir par derrière, pour revoir encore Catherine et pour vexer le vieux Joseph; mais Hareton reçut l'ordre d'amener mon cheval à la porte, et mon hôte lui-même m'escorta jusqu'au seuil.
«Quelle sinistre vie on mène dans cette maison! pensais-je en m'en retournant. Comme c'eût été quelque chose de plus qu'un conte magique pour madame Linton Heathcliff, si nous nous étions aimés, comme le désirait sa bonne nourrice, et si nous avions émigré ensemble dans l'atmosphère bruyante de la capitale!
[ÉPILOGUE]
En septembre, j'ai été invité à chasser chez un ami dans le Nord; en me rendant chez lui, il m'arriva de passer à quinze milles de Gimmerton. L'hôtelier de l'auberge ou je m'étais arrêté s'occupait à faire boire mes chevaux lorsque passa sur la route une voiture d'avoine verte fraîchement coupée.
—Tiens, fit l'aubergiste, ça vient de Gimmerton. La moisson y est toujours de trois semaines en retard.
—Gimmerton? répétai-je, me rappelant mon séjour dans cette localité. Est-ce loin d'ici?
—Il y a bien quatorze milles par les collines, et le chemin est dur.