—Eh quoi! homme, m'écriai-je, le regardant en face d'un air furieux, ceci n'est pas une place pour dormir! Je désire voir ma chambre à coucher.

—Chambre à coucher? répéta-t-il avec son ton de moquerie. Vous voyez toutes les chambres à coucher qu'il y a ici: voici la mienne.

Il me désigna le second grenier, ne différant du premier que par ce que les murs y étaient plus nus et qu'il y avait un grand lit bas et sans rideaux, avec une couverture rouge au pied.

—Qu'ai-je à faire de la vôtre? répliquai-je. Je suppose que M. Heathcliff ne loge pas au grenier?

—Oh, est-ce celle de M. Heathcliff que vous demandiez? cria-t-il, comme s'il faisait une découverte toute nouvelle. Pourquoi ne pas l'avoir dit tout de suite? Je vous aurais expliqué sur place que c'était justement la seule chose que vous ne pouviez pas voir, car il la tient toujours fermée, et personne n'y entre que lui.

—Vous avez ici une maison admirable, Joseph, ne pus-je m'empêcher de déclarer, et des habitants bien agréables; et je crois bien que l'essence concentrée de tout ce qu'il y a de folie dans le monde a envahi mon cerveau le jour où j'ai réuni mon sort aux leurs. Mais ce n'est pas ce qui m'occupe à présent; il y a d'autres chambres. Pour l'amour du ciel, soyez prompt, et laissez-moi m'installer quelque part!

Il ne me fit pas de réponse, mais s'élança dans l'escalier de bois et fit halte devant un appartement qui me parut bien être le meilleur de la maison, malgré l'état de dégradation où il se trouvait. Je me préparais à entrer et à en prendre possession lorsque mon guide m'annonça que c'était la chambre du maître. Cependant, mon souper s'était refroidi, mon appétit évanoui et ma patience épuisée. J'insistai pour avoir aussitôt un lieu de refuge et des moyens de repos.

—Mais où diable voulez-vous qu'on vous mette? Que le seigneur nous pardonne! Vous avez tout vu excepté la petite chambre d'Hareton. Il n'y a pas un autre appartement dans toute la maison!

Mortellement vexée, je jetai par terre le pot que je tenais et je m'assis au pied de l'escalier, cachant ma tête dans mes mains.

Joseph s'éloigna en grognant vers sa tanière, et emporta la lumière avec lui. Je restai dans l'obscurité. Les réflexions que je fis dans cette triste situation m'amenèrent à voir la nécessité de réprimer mon orgueil et d'étouffer ma colère. Je trouvai un aide inattendu en Throttler, en qui je reconnaissais maintenant un fils de notre vieux Skulker; il avait passé son enfance à la Grange et c'était mon père qui l'avait donné à M. Hindley. Il sembla me reconnaître, frotta son nez contre le mien en manière de salut, puis se hâta de dévorer le porridge, tandis que moi-même sautais de marche en marche, essuyant avec mon mouchoir le lait que j'avais répandu. À peine avions-nous fini notre travail que j'entendis le pas d'Earnshaw dans le passage; le chien se ramassa contre le mur, et moi-même me cachai dans une porte. Mais il paraît que les efforts du chien à éviter la rencontre ne furent pas heureux: car j'entendis quelque chose qui tombait, et un long aboiement de souffrance. Tout de suite après, Joseph monta avec Hareton, pour le coucher. C'était dans la chambre d'Hareton que j'avais trouvé refuge; le vieux en me voyant me dit que je pouvais rester où j'étais, et que l'enfant irait coucher ailleurs, cette nuit là.