Le prince, surpris, demanda à la princesse: «Que disent-ils donc?—Ne faites pas attention à ce que peuvent dire des enfants,» répondit-elle. Mais le prince réfléchit à ce qu'il venait d'entendre; il retourna au château du roi et y resta trois jours. Enfin il découvrit où était la belle, et, après avoir mis la laide sous le cuveau, il emmena la belle dans son royaume, où il l'épousa.

REMARQUES

On a vu que le conte précédent, le Poirier d'or, et ses variantes de Montiers-sur-Saulx se rapprochent du no 130 de la collection Grimm, Simplœil, Doublœil et Triplœil. Le petit conte que nous venons de donner rappelle deux détails du conte allemand, qui n'existaient pas dans nos contes lorrains: la «laide» a trois yeux, comme Triplœil[248], et la reine cache la «belle» sous un cuveau, comme la méchante mère cache Doublœil sous un tonneau.

Dans le conte corse (Ortoli, p. 81), cité dans les remarques du Poirier d'or, quand la marâtre substitue sa fille Dinticona à Mariucella que le prince envoie chercher pour l'épouser, le coq crie: «Couquiacou! couquiacou! Mariucella est dans le tonneau et Dinticona sur le beau cheval!» comme dans notre conte les enfants crient: «La belle est sous le cuveau!»—Dans le conte serbe de Cendrillon (Vouk, no 32), cité également dans les remarques de notre numéro précédent, quand le prince vient pour essayer la pantoufle, la belle-mère cache Cendrillon sous une huche et dit au prince qu'elle n'a qu'une fille; mais le coq de la maison se met à chanter: «Kikeriki! la jeune fille est sous la huche!»—Un passage du même genre se trouve dans un conte espagnol, un conte de Cendrillon aussi, recueilli dans le Chili (Biblioteca de las tradiciones populares españolas [Madrid, 1884], t. I, p. 119), où le coq du conte corse et du conte serbe est remplacé par un chien. Comparer aussi la fin d'un conte portugais (Coelho, no 36).—Dans un conte toscan (Nerucci, no 5), c'est, par suite d'une altération évidente, la fiancée elle-même qui dit: «La belle est dans le tonneau, la laide est dans le carrosse, et le roi l'emmène.»

Dans le conte toscan des Novelline di S. Stefano (no 1), cité dans nos remarques du Poirier d'or, un prince vient pour épouser la «belle». La marâtre met celle-ci dans un tonneau, voulant ensuite y verser de l'eau bouillante, et le prince emmène sur son cheval la fille de la marâtre, cachée sous un voile. Un chat se met à dire: «Miaou, miaou, la belle est dans le tonneau; la laide est sur le cheval du roi.» Le prince met la laide dans le tonneau, où sa mère, sans le savoir, la fait périr.—Comparer la fin de deux contes italiens des collections Busk (p. 35) et Comparetti (no 31).

Un recueil du XVIIe siècle, le Pentamerone, de Basile, nous offre un récit napolitain analogue. A la fin du conte no 30, une marâtre, Caradonia, envoie sa belle-fille Cecella garder les cochons. Un riche seigneur, Cuosemo, la voit et va la demander en mariage à Caradonia. Celle-ci enferme Cecella dans un tonneau avec l'intention de l'y échauder, et elle donne sa propre fille, Grannizia, à Cuosemo, qui l'emmène. Furieux d'avoir été trompé, Cuosemo retourne chez Caradonia, qui est allée à la forêt chercher du bois pour faire bouillir l'eau. «Miaou, miaou,» dit un chat noir, «ta fiancée est enfermée dans le tonneau.» Cuosemo délivre Cecella et met Grannizia à sa place. La vieille échaude sa fille, et, de désespoir, va se jeter à la mer.

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On peut encore comparer le conte allemand de Cendrillon, no 21 de la collection Grimm: Les deux sœurs de Cendrillon réussissent à mettre la pantoufle en se coupant, l'une l'orteil, l'autre le talon. Le prince les emmène l'une après l'autre; sur son passage deux colombes chantent: «Roucou, roucou, le soulier est plein de sang, le soulier est trop petit; la vraie fiancée est encore à la maison.»—Ce passage se retrouve presque identiquement dans le conte islandais cité dans nos remarques du Poirier d'or. Comparer un conte écossais (Brueyre, p. 41), un conte breton (Revue celtique, 1878, p. 373), etc.

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En Orient, rappelons un passage d'un conte indien, du genre de Cendrillon, résumé dans les remarques déjà mentionnées. Quand le prince arrive pour chercher la jeune fille, elle est cachée dans le grenier, et un coq trahit sa présence.