M. A. Lang, dans la Revue celtique (loc. cit.), cite un épisode d'un conte zoulou de la collection Callaway (I, p. 121), qu'on peut rapprocher de ce passage. Les oiseaux avertissent le prince qu'il chevauche avec la fausse fiancée: «Ukakaka! le fils du roi est parti avec une bête.»

XXV
LE CORDONNIER & LES VOLEURS

Un pauvre cordonnier allait de village en village en criant: «Souliers à refaire! souliers à refaire!» Sa condition lui paraissait bien triste, et il maugréait sans cesse contre les riches: «Ils sont trop heureux,» disait-il, «et moi je suis trop malheureux!»

Un jour, en passant devant une revendeuse, il eut envie d'un fromage blanc. «Combien ce fromage?—Quatre sous.—Les voilà.» Il mit le fromage dans son sac et poursuivit son chemin. Il rencontra plus loin une marchande de mercerie: «Combien la pelote de laine?—C'est tant.» Il en prit une et se remit à marcher en sifflant.

Arrivé au milieu d'un bois, il vit devant lui un beau château; il y entra hardiment. Ce château était habité par des voleurs. «Camarades,» leur dit le cordonnier, «voulez-vous jouer avec moi au jeu qui vous plaira?—Volontiers,» répondit le chef de la bande; «jouons à lancer une pierre en l'air. Si tu jettes plus haut que moi, le quart du château t'appartient.»

Le voleur lança très haut sa pierre. Le cordonnier, lui, tenait dans sa main un petit oiseau; il le lança en l'air de toutes ses forces comme si c'eût été une pierre: l'oiseau s'envola et disparut. Les voleurs furent bien étonnés de ne pas voir retomber la pierre. «Tu as gagné,» dit le chef au cordonnier; «le quart du château est à toi. Jouons maintenant à qui fera sortir le plus de lait de ce chêne: si tu gagnes, tu auras un autre quart du château.»

Le voleur étreignit le chêne d'une telle force qu'il en fit sortir du lait. Le cordonnier s'était mis sur l'estomac son fromage blanc; il embrassa l'arbre à son tour, et l'on vit le lait couler en abondance. «C'est toi qui as gagné,» dit le voleur. «Maintenant jouons la moitié du château contre l'autre moitié, à qui fera le plus gros fagot.»

Le voleur monta sur un chêne, coupa des branches et en fit un énorme fagot. Le cordonnier grimpa sur l'arbre après lui, et se mit à entourer toute la tête de l'arbre avec sa pelote de laine. «Que fais-tu là?» lui demandèrent les autres.—«Je fais un fagot avec tout ce chêne.—Arrête,» dit le chef des voleurs. «Ce n'est pas la peine de continuer: tu as gagné, nous le voyons bien d'avance.»

Ils rentrèrent tous ensemble au château, et l'on conduisit le cordonnier dans la chambre où il devait passer la nuit. En regardant autour de lui, le cordonnier vit pendus au mur un grand nombre d'habits de toute espèce. «Hum!» se dit-il, «les gens de ce château ne seraient-ils pas des voleurs? Il faut se méfier.» Il prit une vessie remplie de sang et la mit dans le lit à sa place; lui-même se cacha sous le lit. Au milieu de la nuit, trois voleurs entrèrent dans la chambre, s'approchèrent du lit sans faire de bruit, et l'un d'eux y donna un grand coup de couteau. «Le sang coule!» dit-il. Le second fit de même. «Oh!» dit le troisième, «il ne doit pas encore être mort; je vais l'achever.» Et il frappa à son tour. Cela fait, les trois voleurs se retirèrent.

Le lendemain matin, les voleurs étaient réunis dans une des salles du château quand ils virent entrer le cordonnier. «Quoi!» s'écrièrent-ils, «tu n'es pas mort?—Vous voyez,» dit le cordonnier.—«Ecoute,» lui dirent les voleurs; «si tu veux nous laisser le château, nous te donnerons un sac plein d'or.» Le cordonnier accepta la proposition et partit bien joyeux. Mais, pendant qu'il traversait la forêt, d'autres voleurs tombèrent sur lui et le dépouillèrent. «Ah!» s'écria-t-il, «que j'étais sot d'envier le sort des riches! ils ont tout à craindre. Moi, je suis plus heureux qu'eux.»