L'épisode de l'oiseau, lancé en l'air comme si c'était une pierre, se trouve dans les contes allemands des collections Kuhn, Meier et Müllenhoff, dans le premier conte suisse, dans le conte des «Saxons» de Transylvanie, dans le conte hongrois, le second conte grec et le conte basque.

Un épisode analogue à celui de l'arbre dont le cordonnier feint de vouloir faire un fagot, figure dans le conte des «Saxons» de Transylvanie, dans le conte des Tsiganes de la Bukovine, dans les deux contes grecs, le conte albanais, le conte sicilien de la collection Gonzenbach et le conte basque. Dans tous ces contes (excepté dans le conte sicilien), le héros fait semblant de vouloir rapporter à la maison, non pas tout un arbre, mais la forêt tout entière.

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Tous les contes de ce type,—à l'exception du conte allemand de la collection Kuhn, des deux contes suisses, du conte des «Saxons» de Transylvanie et du conte norwégien,—ont un épisode dans lequel le géant croit avoir assommé le héros pendant que celui-ci est endormi. A peu près dans tous ces contes se trouve une même hablerie du héros: le matin, il dit au géant stupéfait qu'il n'a rien senti pendant la nuit, sinon des puces qui l'ont un peu piqué.

Un livre populaire anglais, Jack le Tueur de géants, dont on connaît une édition datée de 1711, renferme ce dernier épisode: Jack, qui a demandé l'hospitalité à un géant, entend pendant la nuit celui-ci se dire à lui-même qu'un bon coup de massue va le débarrasser de son hôte. Il met une bûche dans le lit à sa place. Le lendemain, le géant, qui croit avoir tué Jack, est fort étonné de le voir s'avancer vers lui. «Ah! c'est vous!» lui dit-il, «comment avez-vous dormi? n'avez-vous rien senti cette nuit?—Rien,» dit Jack, «si ce n'est, je crois, un rat qui m'a donné deux ou trois coups avec sa queue.»

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En Orient, un voyageur a trouvé le pendant de tous ces contes. Dans un conte persan (Malcolm, Sketches of Persia, Londres, 1828, t. II, p. 88), qui a été traduit par M. Emile Chasles, dans ses Contes de tous pays (p. 10), un homme d'Ispahan, nommé Amîn, obligé dans un voyage de traverser certaine vallée hantée par des ghouls (sorte d'ogres), prend pour toutes armes une poignée de sel et un œuf. Il rencontre effectivement un ghoul. Sans se déconcerter, il lui dit que lui, Amîn, est le plus fort des hommes, et il l'invite à se mesurer avec lui. Il le défie d'abord de faire sortir de l'eau d'un caillou. Le ghoul ayant essayé en vain, Amîn glisse son œuf dans le creux de sa main; puis, saisissant le caillou, il le presse, et le ghoul stupéfait voit un liquide couler entre les doigts du petit homme. Ensuite, par un procédé du même genre, Amîn tire du sel d'une autre pierre. Le ghoul, peu rassuré, se fait humble et invite le voyageur à passer la nuit dans sa caverne. Amîn le suit. Quand ils sont arrivés chez le ghoul, celui-ci dit à son hôte d'aller chercher de l'eau pour le repas, tandis que lui-même ira chercher du bois. Amîn, ne pouvant seulement soulever l'énorme outre du ghoul, s'avise d'un expédient; il se met à creuser le sol et dit au ghoul qu'il lui fait un canal pour amener l'eau chez lui, en souvenir de son hospitalité[249]. «C'est bon,» dit le ghoul, et il va remplir l'outre. Après le souper, il indique à Amîn un lit au fond de sa caverne. Dès qu'Amîn entend le ghoul ronfler, il quitte son lit et met à sa place des coussins et des tapis roulés. Sur ces entrefaites, le ghoul se réveille; il se lève tout doucement, prend une massue et frappe sept fois de suite sur ce qu'il croit être Amîn endormi; puis il va se recoucher. Amîn regagne aussi son lit et demande au ghoul ce que c'est que cette mouche qui sept fois de suite s'est posée sur son nez. Le ghoul, étonné, effrayé, s'enfuit, et Amîn peut s'esquiver de son côté.—La fin de ce conte persan, que nous laissons de côté, est identique à celle de plusieurs des contes mentionnés plus haut (voir, par exemple, le conte des «Saxons» de Transylvanie, le conte tsigane, le conte grec moderne no 23 de la collection Hahn); elle n'a plus de rapport avec notre conte[250].

XXVI
LE SIFFLET ENCHANTÉ

Il était une fois un roi et ses deux fils. Ce roi avait un oiseau si beau et si charmant, que jamais on n'avait vu son pareil; aussi y tenait-il beaucoup.