Un jour qu'il lui donnait à manger et que la porte était ouverte, l'oiseau s'envola. Le roi appela ses fils, et leur dit: «Celui de vous deux qui, d'ici à un an, retrouvera l'oiseau, aura la moitié de mon royaume.»
Les deux frères partirent ensemble, et, arrivés à une croisée de chemin, ils se séparèrent. Bientôt l'aîné fit la rencontre d'une vieille femme: c'était une fée. «Où vas-tu?» lui dit-elle.—«Je vais où bon me semble; cela ne te regarde pas.» Alors la vieille alla se mettre sur le chemin où passait le plus jeune. «Où vas-tu, mon bel enfant?—Je vais chercher l'oiseau que mon père a laissé envoler.—Eh bien! voici un sifflet. Va dans la forêt des Ardennes; tu donneras un coup de sifflet et tu diras: Je viens chercher l'oiseau de mon père. Tous les oiseaux répondront: C'est moi, c'est moi. Un seul dira: Ce n'est pas moi. C'est celui-là qu'il faudra prendre.»
Le prince remercia la vieille, mit le sifflet dans sa poche et s'en alla dans la forêt des Ardennes. Il donna un coup de sifflet et dit: «Je viens chercher l'oiseau de mon père.» Tous les oiseaux se mirent à crier: «C'est moi, c'est moi, c'est moi.» Un seul dit: «Ce n'est pas moi.» Le prince le saisit et reprit le chemin du château de son père.
Il rencontra bientôt son frère, qui lui demanda: «As-tu trouvé l'oiseau?—Oui, je l'ai trouvé.—Donne-le-moi.—Non.—Eh bien! je vais te tuer.—Tue-moi si tu veux.» Son frère le tua, creusa un trou et l'y enterra; puis il retourna chez son père avec l'oiseau. Le roi, bien content de ravoir son oiseau, fit préparer un grand festin, et y invita beaucoup de monde.
Cependant, le chien d'un berger, passant dans la forêt, s'était mis à gratter à la place où le jeune prince était enterré. Le berger, qui avait suivi son chien, aperçut quelque chose à l'endroit où il grattait et crut d'abord voir un doigt qui sortait de terre; il regarda de plus près et vit que c'était un sifflet; il le prit et le porta à ses lèvres. Le sifflet se mit à dire:
«Siffle, siffle, berger,
C'est mon frère qui m'a tué,
Dans la forêt des Ardennes.»
Le maire du pays, qui était le voisin du berger, entendit parler du sifflet et l'acheta. Ayant été invité au festin du roi, il prit le sifflet pendant qu'on était à table et se mit à siffler:
«Siffle, siffle, maire,