Dans deux contes allemands (Grimm, III, p. 129 et no 80), dans un conte norwégien (Asbjœrnsen, I, no 16), dans un conte tchèque de Bohême (Waldau, p. 341), le coq et la poule vont aussi aux noix, et l'un d'eux,—dans les trois premiers contes, la poule,—étrangle pour avoir voulu avaler un trop gros morceau. Dans un conte du «pays saxon» de Transylvanie (Haltrich, no 75), c'est un pois que la poule avale.—Dans un conte picard (Carnoy, p. 217), le petit coq, que son père a conduit au bois pour lui faire manger des noisettes, avale une écale.

Au lieu du coq et de la poule, les deux principaux personnages d'un conte corse (Ortoli, p. 237) sont un petit chat et une petite chatte qui mangent des amandes (sic); une amande reste dans le gosier de la petite chatte.

Nous retrouvons dans ces divers contes à peu près la série de personnages et d'objets mis en scène. Ainsi, dans le conte norwégien, la fontaine, pour donner de son eau, demande des feuilles; le tilleul, pour donner ses feuilles, un beau ruban (comparer la «bande» de notre conte); la Vierge Marie, pour donner le ruban, une paire de souliers; le cordonnier, des soies; le sanglier, du grain; le batteur, du pain; le boulanger, du bois; le bûcheron, une hache; le forgeron, du charbon. Le charbonnier donne le charbon, etc. (Ici, par exception, la poule revient à la vie.)

Un conte de la Souabe (Meier, no 80) se rapproche de la variante de Seine-et-Marne: Le coq et la poule voyagent ensemble. En sautant un fossé, le coq prend si fort son élan, que son jabot crève. Ils s'en vont chez le cordonnier. «Cordonnier, donne-moi du fil, que je recouse mon jabot.» Le cordonnier demande des soies; la truie, du lait; la vache, de l'herbe, etc.

Ce conte souabe a beaucoup de rapport avec deux contes, l'un allemand (Simrock, no 36), l'autre suisse (Sutermeister, no 5), où une souris a tant ri en voyant son compagnon de route, le chat (ou le charbon: comparer Grimm, no 18 et III, p. 27), tomber dans l'eau, que sa «petite panse» en a crevé. Elle va trouver le cordonnier pour lui demander de la recoudre; le cordonnier demande des soies, et ainsi de suite. Comparer un conte catalan, très voisin (Rondallayre, III, p. 48).—Dans un conte du département de l'Ardèche (Mélusine, 1877, col. 425), un rat ayant eu, on ne dit pas comment, la queue coupée, va aussi trouver le cordonnier, etc. Comparer un conte italien de Bologne, du même genre (Coronedi-Berti, no 10).—Dans d'autres contes, l'un anglais (Halliwell, p. 33), l'autre allemand (Meier, no 81), le chat a coupé la queue de la souris, et il ne veut la lui rendre que si la souris va lui chercher du lait (ou du fromage). Suit tout un enchaînement de personnages.

Ajoutons encore à la liste des rapprochements à faire un conte sicilien (Pitrè, no 135), dans lequel notre thème est très bizarrement rattaché au thème de notre no 62, l'Homme au pois; trois contes italiens du pays napolitain (Imbriani, XII Conti pomiglianesi, p. 236 seq.), un conte portugais (Coelho, no 13) et un conte écossais (Campbell, no 8).

Enfin, notre thème se présente sous une autre forme que celle de conte. Ainsi, dans Mélusine (1877, col. 148), la «randonnée» suivante, recueillie dans la Loire-Inférieure: «Minette m'a perdu mes roulettes. J'ai dit à Minette: Rends-moi mes roulettes. Minette m'a dit: Je ne te rendrai tes roulettes que si tu me donnes croûtettes. J'ai été à ma mère lui demander croûtettes. Ma mère m'a dit, etc.» Et à la fin: «Le chêne m'englande,—J'englande le porc;...—Ma mère m'encroûte,—J'encroûte Minette,—Et Minette m'a rendu mes roulettes.» Comparer encore, dans Mélusine (1877, col. 218), une «randonnée» du département de l'Eure, et, dans les Contes populaires recueillis en Agenais, de M. J.-F. Bladé, le no 5, le Lait de Madame.

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En Orient, nous trouvons un conte du même genre d'abord chez les Ossètes du Caucase (Mélanges asiatiques, publiés par l'Académie de Saint-Pétersbourg, t. V [1864-1868], p. 99, et Bulletin de l'Académie, t. VIII, p. 36): Le pou et la puce voyagent ensemble; ils sont obligés de passer l'eau. La puce saute sur l'autre bord, mais le pou tombe dans l'eau. La puce s'en va trouver le cochon et lui demande une de ses soies pour retirer son compagnon. Avant de donner la soie, le cochon veut avoir des glands. Le chêne demande que Qürghüi ne vienne plus souiller le terrain auprès de lui (sic). Qürghüi veut un œuf. La poule demande que la souris ne vienne plus ronger son panier; la souris, que le chat ne l'attrape plus; le chat veut du lait. La vache donne le lait; le chat le boit et ne prend plus la souris; la souris ne ronge plus le panier; la poule donne un œuf; Qürghüi mange l'œuf et ne souille plus le terrain auprès du chêne; le chêne donne des glands; le cochon les mange et donne une de ses soies, et la puce retire de l'eau son compagnon. «Aujourd'hui ils vivent encore.»