Quelques explications sur la transformation de bodhisattva en Yoûasaf ne seront pas inutiles. La forme Boûdâsp, Boûdâshp, qui se trouve chez les auteurs arabes et persans (A. Weber, Indische Streifen, t. III, p. 57, note), se rapproche déjà davantage de Bodhisattva, dont la transcription exacte aurait dû être Boûdsatf (Bodh sattv [a]). Mais comment, de cette forme, est-on arrivé à Yoûasaf? Par une altération due au système d'écriture employé par les Arabes et les Persans. Dans l'écriture arabe, le même signe, selon qu'il est accompagné ou non de points diversement disposés, représente diverses lettres, entre autres B et Y. Dans le cas présent, les points étant omis, on a eu la forme Yoûdsatf, dont les auteurs ne présentent pas d'exemple, mais que suppose le mot Yoûdsasp, qui a été trouvé (A. Weber, loc. cit.); puis est venu Yoûdasf et enfin Yoûasaf.

M. Théodore Benfey a fait remarquer qu'un autre nom qui figure dans Barlaam et Josaphat se retrouve dans les légendes bouddhiques. Le nom du magicien Theudas, qui cherche à séduire Joasaph, est, en effet, philologiquement identique à celui de Devadatta, l'un des principaux adversaires du Bouddha (Theudat = Dev [a] datt [a]).

[79] Voir M. Benfey (Pantschatantra, I, p. 80 seq., II, p. 528, et I, p. 407) et M. Liebrecht, op. cit.

[80] On a la certitude qu'outre le Pantschatantra, rapporté par lui de l'Inde, Barzôî, médecin de Chosroës le Grand, traduisit aussi divers ouvrages indiens (Benfey, Pantschatantra, I, p. 84). Parmi ces ouvrages se trouvait-il la légende du Bouddha? Naturellement il est impossible de l'affirmer; mais la chose n'est nullement impossible, le bouddhisme étant encore florissant dans l'Inde à l'époque où Barzôî visita ce pays.

[81] Notice sur le livre de Barlaam et Joasaph (Paris, 1886), extraite des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, t. XXVIII.—Voir aussi le Journal Asiatique (mai-juin 1885), et le compte rendu de M. Gaston Paris dans la Revue critique (no du 7 juin 1886).

[82] Dans l'article de la Revue des Questions historiques, indiqué ci-dessus.

[83] «Apud Indos Persis finitimos, sanctorum Barlaam et Josaphat (commemoratio), quorum actus mirandos sanctus Joannes Damascenus conscripsit.»

[84] Dans notre article de la Revue des Questions historiques et dans le Français du 1er septembre 1883.

[85] Journal des Débats, du 26 juillet 1859.

[86] Trois lettres de M. Barthélemy Saint-Hilaire, adressées à M. l'abbé Deschamps, vicaire général de Châlons (Paris, 1880), p. 2.