Tout à coup on aperçut au loin une grosse montagne toute noire. «Ah!» dit Adolphe, «nous allons arriver!—Non,» dit le géant. «C'est le royaume des poissons. Pour qu'ils te laissent passer, tu diras que tu es un prince de France qui voyage.»

«Que viens-tu faire ici?» demandèrent les poissons au jeune homme.—«Je suis un prince de France qui voyage.—Prince ou non, tu ne passeras pas.» Alors Adolphe leur jeta des miettes de pain; tous les poissons y coururent à la fois et le laissèrent passer. Il n'était pas encore bien loin quand le roi des poissons dit à son peuple: «Nous avons été bien malhonnêtes de n'avoir pas remercié ce prince qui nous a secourus dans notre détresse. Courez après lui et faites-le retourner.» Les poissons ayant ramené le jeune homme, le roi lui dit: «Tenez, voici une de mes arêtes. Quand vous aurez besoin d'aide, vous me retrouverez, moi et mon royaume.»

«Eh bien!» demanda le géant, «que t'a donné le roi des poissons?—Il m'a donné une de ses arêtes: mais que ferai-je de cette arête?—Mets-la dans ta poche: tu auras occasion de t'en servir.»

On aperçut bientôt une autre montagne plus noire encore que la première. «N'allons-nous pas aborder?» demanda le jeune homme.—«Non,» répondit le géant. «C'est le royaume des fourmis.»

Les fourmis avaient le sac au dos et faisaient l'exercice; elles crièrent à Adolphe: «Que viens-tu faire ici?—Je suis un prince de France qui voyage.—Prince ou non, tu ne passeras pas.» Adolphe leur jeta du millet: les fourmis se mirent à manger le grain et laissèrent passer le jeune homme. «Nous avons été bien malhonnêtes,» dit alors le roi des fourmis, «de n'avoir pas remercié ce prince. Courez le rappeler.» Quand Adolphe fut revenu près de lui, le roi des fourmis lui dit: «Prince, nous étions depuis sept ans dans la détresse; vous nous en avez tirés pour quelque temps. Tenez, voici une de mes pattes: quand vous aurez besoin d'aide, vous me retrouverez, moi et mon royaume.»

«Que t'a donné le roi des fourmis?» demanda le géant.—«Il m'a donné une de ses pattes; mais que ferai-je d'une patte de fourmi?—Mets-la dans ta poche: tu auras occasion de t'en servir.»

Quelque temps après, parut au loin une montagne plus grosse et plus noire encore que les deux premières. «Allons-nous enfin arriver?» demanda Adolphe.—«Non,» dit le géant. «C'est le royaume des rats.»

«Que viens-tu faire ici?» crièrent les rats.—«Je suis un prince de France qui voyage.—Prince ou non, tu ne passeras pas.» Adolphe leur jeta du pain, et les rats le laissèrent passer. «Nous avons été bien malhonnêtes,» dit le roi des rats, «de n'avoir pas remercié ce prince. Courez le rappeler.» Et le jeune homme étant retourné sur ses pas; «Nous vous remercions beaucoup,» lui dit le roi, «de nous avoir secourus dans notre misère. Tenez, voici un poil de ma moustache: quand vous aurez besoin d'aide, vous me retrouverez, moi et mon royaume.»

«Eh bien!» demanda le géant, «que t'a donné le roi des rats?—Il m'a donné un poil de sa moustache; que ferai-je de cela?—Mets-le dans ta poche: tu auras occasion de t'en servir.»

Le vaisseau continua sa route et arriva en vue d'une autre grosse montagne. «N'est-ce point là que nous devons nous arrêter?» demanda le jeune homme.—«Non,» dit le géant. «C'est le royaume des corbeaux.»